Chambre D'echos

  • Nantes, la ville, sa forme ou le sentiment qu'elle en donne... Une citadine familière des lieux nous incite à glisser notre main sur ce tuffeau des murs, « Une tendresse nous vient pour cette pierre de fleuve dont est bâtie la ville », à capter dans Les Anneaux de Buren sa matière fluide, vents et remous de marée. Au fil de sa rêverie, la passante dérive, de «la Fabrique des sourds où l'on martelait les tôles de la dure nécessité» aux vestiges du passé négrier ou à la beauté du pont Éric Tabarly, «superbement libre comme la mer».
    Dans ce décor vibrant de présences, instants de ville, impressions d'hier et d'aujourd'hui se mêlent. Un poème de Cocteau, un tableau du port par William Turner, un air de musicien des rues, une gravure de Rodolphe Bresdin, un air de Bashung dans une friche industrielle. Point n'est besoin d'être nantais pour entrer dans ce rêve d'une ville.

  • Un éclairage oblique, rasant, porté sur l'enfant Genet, gosse de l'Assistance, "petit Paris" placé chez des villageois d'Alligny-en-Morvan.
    L'auteur traque l'ombre du poète dans la vieille bâtisse où celui-ci passa son enfance. Dans les herbes des prairies qu'il foule à son tour, il en révèle l'empreinte. Il réveille les souvenirs des vieux du village et raconte non seulement l'enfant, mais le vieil homme revenu, brièvement, peu avant sa mort.
    " Sonnent 6 heures en ce milieu d'août 1924.
    Il écrit son roman pour les vaches, les champignons, l'herbe, les arbres, il est l'idiot du village, il parle aux poissons, aux sources, aux vipères, au ciel et ou silence."

  • Deux enfants, deux «?petites?» peu pressées de grandir, saisies sur quelques saisons de sursis, «?à l'abri des fracas du monde?». On avance dans le récit comme dans un tableau de Chardin ou de Sisley?: tout à la fois un conte d'enfance composé par touches successives impressionnistes et un journal d'adulte penché sur des scènes encore imprégnées de secret et dont les résonances font songer aux compositions de Paul Delvaux. Entrent en scène le jardin, la maison et ses dépendances, l'intendant et la grand-mère, les petites filles, le chien, les mères. Une évocation intemporelle de charmes mystérieux, un regard d'enfant implacable.

  • Deux courts récits, l'un dense, chahuté, violent, l'autre où l'on entrevoit peut-être la sortie du tunnel... Le choc des souvenirs de l'hôpital psychiatrique : images de lieux, de corps mutilés, de visages éteints, relayées par les mots.
    Après le " tu "qui seul permet au narrateur d'établir la distance nécessaire au travail de la mémoire, reviennent la parole ou le " je " et une pensée qui vagabonde.
    En hors-texte, des reproductions des peintures de l'auteur.

  • Métisse façon

    Sarah Bouyain

    à bobo dioulasso - burkina faso -, une femme regarde croître le tas d'ordures devant sa porte, une autre balaie sans fin la poussière des rues.
    Ces vieilles dames africaines sont des métisses, des orphelines essaimées par la colonisation. au fil des récits, un incident mineur, une rencontre, ravivent chez elles la douleur sourde avec laquelle elles ont toujours vécu : la négation de leur identité. en écho, de plus jeunes femmes et des fillettes enjambent la mer et se croisent. au supermarché de guignicourt, la petite salimata, fraîchement débarquée du burkina, tente de se rendre invisible.
    à tounouma, quartier de bobo, rachel, venue de france à la recherche de son père, devient sans le savoir la " fille-africaine-minute ".

  • Les ancêtres d'Ulysse

    Adam Biro

    « Quand j'ai écrit ce livre, Ulysse, mon petit-fils à qui je m'adresse avait 2 ans. Aujourd'hui il en a 17. Si le monde a changé, le passé, celui de ma famille et celui de l'Europe Centrale, reste identique : douloureux, tragique. C'est ce passé là que je voulais raconter dans ce livre, roman vrai oscillant entre dérision et émotion, désespoir optimiste et joie de vivre pleine de larmes, entre Est et Ouest, entre un monde disparu et un présent incertain. Mais Ulysse - et le lecteur - pourront deviner à travers les portraits des membres de ma famille qui ont vécu et souffert dans une Europe bouleversée puis détruite par deux guerres et écrasée par des dictatures, une enfance émerveillée... la mienne. »

  • Le peintre et homme d'affaires Andor Berki remémore dans ce recueil de nouvelles avec sa modestie proverbiale les célébrités qu'il a rencontrées et qui l'ont marqué, façonné : Rembrandt, Vermeer, Monet, Atatürk, Charlot, Doris Day, le Membre ou Dieu.
    Au passage, il raconte comment il a amassé son immense fortune et l'usage qu'il en a fait.
    Et la fin du volume reprend l'étude sémio-linguistique du début : comment se rendre à Tours, à Romorantin ou dans le Vercors en dépit de l'obstruction de l'invisible préposée numérique assise dans le répondeur de la SNCF qui ne comprend pas les r tels qu'on les roule en Hongrie.

    "Une grande pièce, deux toiles. Sur le mur de droite, un autoportrait de Rembrandt. L'un des plus beaux. Rembrandt vieux. Il ne se faisait pas de cadeau. Bien au contraire. Regardez comme je suis vieux et laid. Mes yeux, tristes, pétillent d'intelligence. J'ai compris toute la misère du monde. D'ailleurs, j'y ai participé largement. Les femmes, l'argent, la renommée, la gloire. Notre place dans ce monde. J'ai compris tout cela, et malgré cette compréhension, je n'ai pas été à la hauteur, je n'ai pas été différent de vous. Que d'erreurs. Je n'ai pas pu, ou pas voulu, résister. Aux femmes, à l'argent. À l'attrait de la renommée. À la grossièreté de la réussite, à sa vulgarité. Même moi. [.] - Assieds-toi, m'a dit Rembrandt.
    J'ai demandé la permission de prendre un fauteuil. En face de la peinture. En face du peintre. M. de Lesenseigne a discrètement quitté la pièce. J'ai ramassé mon courage au creux de mon estomac.
    - Vos Trois arbres. Maître. Tout y est. Moi aussi, j'aimerais, comme vous. L'art, votre technique, le travail des mains, des yeux et aussi du coeur, le savoir-faire, taille et contre-taille, le talent, et aussi le sujet, la vie des gens, le pêcheur, l'arrière-pays, et l'amour, les amants cachés dans le feuillage, le ciel au-dessus. Et l'Au-delà. [.] Vous êtes le philosophe assis dans le noir sous l'escalier en colimaçon et vous êtes aussi le tout petit peintre devant l'énorme chevalet. Je ne sais pas comment vous dire. J'aimerais, oh j'aimerais tellement, moi aussi. Moi aussi, je suis un petit peintre devant l'immensité de l'art. Que dois-je faire ? ai-je demandé.
    - Ce que tu veux. Cela n'a pas d'importance. Seul le geste compte. Et le désir.
    Nous nous regardâmes longtemps, moi et Rembrandt van Rijn. Je luttais contre les larmes.
    Il me dit :
    - Andor, la réalité est décevante. Et la vie n'a aucun sens. Peins."

  • Jean-Pierre Rochat écrit comme il respire, à pleins poumons, en haut de sa montagne à la belle herbe grasse, dans la partie francophone du canton de Berne. Au petit matin brumeux, alors que persiste la mémoire des rêves, il note ses incursions dans l'étrange, puis sort soigner ses bêtes. Les messages qu'il nous adresse sentent la chèvre, le cheval ou le sapin. Ce sont " les mini-romans de sa vie ". De courts récits, tour à tour narquois, lucides ou graves, par lesquels il nous insuffle sa folie, son appétit d'amour et sa poignante reconnaissance de la mort. Les fêlures insoupçonnées d'un éleveur de chevaux nous " montent au cerveau en finesse ".
    "La première fois que je vous ai vue, un printemps, je me souviens, un jour de printemps ensoleillé, j'étais dans le parc, sous l'eau, j'étais encore sous l'eau, je jouais avec la neige de pétales de cerisiers, mon amour, tu as soufflé ton odeur dans le tuba, c'était divin, la vie revenait sur la terre."

  • Au coeur de la plupart de ces nouvelles, qu'elles traitent de l'adolescence ou de la maturité, il y a les inventions du désir et ses multiples dérapages. Des personnages passent, hésitent, désorientés par la rudesse des rencontres et leur propre incapacité à décoder le regard d'autrui. Entre plaisir de la causticité et art de la concision, on retrouve les acteurs - sceptiques et crédules, cyniques et sentimentaux - de ces mini-drames, à jamais ancrés dans leurs contradictions.

    "- Tu m'écoutes ? Oui, bien sûr, il l'écoute. Sa voix est enrouée, un début d'angine, précise-t-elle. Une autre station. La fille s'impatiente. Elle prend l'initiative. Elle plaque ses lèvres aux siennes. Pétrifié, il ne pense qu'à ce début d'angine dont elle lui a parlé. Lorsque la rame décélère, elle se décolle et chuchote. - Je suis arrivée. À demain. Sa voix enrouée. La rame s'immobilise. Pardon, pardon. Elle joue des coudes et descend, l'abandonne, le visage en feu, au milieu des voyageurs. C'est court, trois stations, pour comprendre une femme."

  • Sur le site Internet d'une association hollandaise défile une liste de quatre mille morts, la plupart inconnus, hommes, femmes et enfants qui ont voulu émigrer et se sont noyés dans les douves de la forteresse Europe.
    C'est le point de départ de ce texte qui n'est pas un roman, ni un reportage, pas plus qu'une analyse ou un message politique, mais plutôt une prière profane, un hommage rendu aux morts, une forme d'espoir, celui que la liste d'Internet cesse un jour de s'allonger.

  • Les tambours pour la résonance et la pierre pour les murs du silence et de l'oubli. Un homme revient, après une longue absence, dans une ville portuaire du Sud. Trois destins que le temps a dispersés, trois protagonistes d'une histoire étouffée ancrée dans ce lieu, se recroisent autour des "Titans", lourdes grues immobiles dans le chantier naval désaffecté. Un vieux boxeur dont la mémoire s'est effondrée, le photographe du chantier, atteint par la maladie de l'amiante, et le narrateur, fils d'un des anciens ouvriers, qui entreprend une étrange enquête dont l'enjeu est la restauration de leur mémoire commune.

    "Il est des choses que l'on enfouit au plus profond de soi pour ne plus jamais avoir à les regarder en face. Des choses qu'on laisse le temps s'accaparer, lentement... Des choses pour lesquelles on voudrait que l'oubli, cet allié, fasse son oeuvre, et que de nos vies elles disparaissent sans coup férir. Mais au fond de nous, nous savons qu'il ne peut en être ainsi. Il est de ces histoires que l'on ne solde jamais, dont l'oubli ne veut pas s'occuper. Elles dorment là, dans les territoires obscurs de nos consciences, en attendant qu'un jour on vienne les réveiller."

  • Un goût de terre argilo-calcaire, une odeur de chemins vicinaux, de voies de petite communication et au fond coule une rivière qui ferme le passage. Le narrateur, de retour comme Ulysse dans le pays de ses aïeux, retrouve sa demeure et se fond dans un décor de prés, d'arbres et d'eaux, à l'affût des traces inscrites dans ce paysage agreste. Au gré de notations bienveillantes ou caustiques, par petites touches, se dessine un portrait impressionniste et secret d'une campagne vivante. Passent les saisons, les travaux et les jours, page après page ce carnet bruissant de surprises initie notre regard au charme de ces lieux.
    En contrepoint pourtant, un phénomène récurrent, étrange, une anomalie de circulation automobile, inquiète et lentement recouvre le voisinage d'une ombre d'incertitude...

  • Paris 1960, du vendredi au lundi de Pâques. Jacques Besse, sans logis, le ventre vide, déambule, passant et repassant par Singe-des-Près, le coeur de la ville. Marcheur halluciné, insomniaque et fragile, il sillonne les rues et nous entraîne sur un rythme cassé, heurté. Acteur et spectateur de ce parcours que ses " fiancées " viennent hanter, il est comme ivre de son texte à mesure qu'il le vit, sa faim nous tenaille, vraie faim d'amour et de reconnaissance. Mais dure et âpre est la ville, sur laquelle plane l'ombre de la guerre d'Algérie.

    "Le pont se traverse c'est du vent, du joli vent d'avril qui démolit les mendiants." La Grande Pâque est intemporelle. C'est encore aujourd'hui une partition inspirée, chantée d'une belle voix étrange, éraillée par la vie.

  • Le temps d'un voyage, sur les traces d'un passé balayé par l'histoire, Adam Biro et sa femme Karin tiennent un journal à deux voix. Ils nous content une plongée dans l'histoire de Königsberg devenue l'enclave russe de Kaliningrad. Lui écrit en français, elle en allemand, sa langue maternelle, dont le texte est traduit. Les deux textes sont imprimés tête-bêche en un seul volume.

    "Nous sommes au bord de la Gilge, de la Matrosovska. Un jardin devait dans le temps entourer l'église. À présent, la mauvaise herbe recouvre tout. Un paysan russe se précipite et nous explique, menaçant (pourquoi ?), qu'il a tout nettoyé ici avec ses mains nues - il nous les montre ; on devine quelques noms allemands sur des tombes à moitié enfouies sous la terre et cachées par la ronce. Des dates sont lisibles, XIXe siècle. Que fais-je ici, dans ce cimetière, moi, Juif hongrois, minuscule survivant miraculé de la grande tuerie que les fils et petits-fils de ces luthériens allemands ont organisée ? Dans ce cimetière où tout m'est étranger et tout m'est hostile ? Est-ce vrai ? Je suis le mari, l'amant, l'amoureux de cette Prussienne dont les ancêtres sont couchés ici. Et cela me suffit, parce que c'est cela, l'essentiel." (Extrait du texte d'Adam Biro) "Tilsit / Sovietsk, 2005, archives de l'ancien lycée allemand. Derrière la porte, des piles de livres, des albums remplis de lettres, d'articles sur les jubilés, de rencontres entre anciens, de fêtes de classe, de photos des bacheliers de 1922-1924. Beaucoup de bibelots, d'objets de la vie quotidienne, simples témoins muets. Je feuillette, le coeur serré, la liste des noms et l'album des bacheliers des années 1922 à 1924. Dix à douze candidats, guère plus. Photos individuelles et photos de groupe, chacun portant la casquette typique du lycée, je les regarde une par une, lentement, mes yeux s'attardent, mes doigts suivent, caressent les contours... (Mon père aussi, je m'en souviens, portait cette casquette sur un cliché que nous avions à la maison, fixant l'objectif, si sérieux, si fier aussi.) Mon père ne se trouve pas parmi les lauréats photographiés. Il manque. Il me manque." (Extrait du texte de Karin Biro-Thierbach)

  • Vézelay, sous la lumière de juin. Dix personnages de la comédie humaine arpentent la colline éternelle en ses multiples allées. Sous le regard bleu d'un ciel impavide, ces humains se rencontrent, se parlent ou simplement se frôlent, peut-être même s'ignorent. Pour chacun, cependant, une tranche de destin s'accomplit en cette journée d'été, moment aléatoire, singulier, encombré d'émotions, de coups de théâtre et de songes.

  • Professeure de français dans un collège de banlieue nord, la narratrice clôt un cycle d'enseignement de 10 années avant d'être mutée à Paris à la rentrée prochaine. On entre dans cette salle de classe de REP* comme par une porte dérobée, on assiste à l'empoignade quotidienne enseignant-élèves, jeu de rôle dans lequel les uns et les autres se découvrent et se constituent.
    Qu'est-ce qui se joue là d'essentiel ? Comment cette génération de banlieue REP vat- elle s'en sortir ? De quelles armes dispose-t-elle ?
    Ressurgissent alors les temps forts partagés, le foisonnement de propos, frénétiques ou naïfs, d'imaginaire, de détresses et d'inventivité déployés dans cet espace encore protégé.

  • Comme tant d´autres de la diaspora juive marocaine dans les années 60, le narrateur, bâtard judéo-berbère, et sa mère quittent les terrasses heureuses de Casablanca pour rejoindre la Terre promise dIsraël. Du melah, de la casbah et du quartier colonial français, de cette diversité culturelle il ne leur reste rien. C´est le désert qui les accueille. L´apprentissage est rude, ascèse militaire pour se défaire du passé et rejoindre l´idéal communautaire du kibboutz. Mais pour lui, sa mère est sa seule patrie, son seul lien avec le monde, pour elle il est son seul devenir. Lorsqu´elle meurt il l´embaume. Le récit passionnel de cette inadaptation est une terrible charge comme l´administration israélienne, contre ses dirigeants politiques, religieux et militaires, contre l´éthique nationale expansionniste. Mais faut-il prendre un roman à la lettre ?

  • Motard-chasseur bardé de cuir noir lancé à l'assaut du ciel, Roi Pêcheur à l'affût des nuages en reflet sur le lac, et aussi la Mort, la toute noire pleine de grâce. Tous paraissent sortis d'un conte pour adultes murmuré au coin du feu, quand nos envies se font impérieusement sentir des libres espaces et des nuits étoilées. De lignes droites affolantes en virages collés à la Terre le motard s'engage sans cesse vers la découverte de l'azur. Au passage d'un col le paysage ouvert éblouit le motard.
    "Le Chasseur de Ciel court après le grand drap bleu du monde qui ne se laisse jamais saisir. Il faut toujours aller plus loin. Il faut toujours partir plus tôt. Les membres encaissent les vibrations exténuantes puis se délassent dans un troquet de sommet, le vent dans le dos, la vue dans le mille du harpon qui ne baisse jamais la garde. Qui sait si le Chasseur n'attrapera pas son ciel? Et qui sait ce qu'il lui resterait à faire de sa vie s'il ne l'effleurait même que du bout de ses doigts?"

  • Il n'est pas venu de si loin, de la France d'exil, que pour enterrer sa mère à Mogador où, Berbère, elle était née.
    Où, peut-être, elle l'avait engendré, lui, l'enfant sans père, le fils du vent, le bâtard. Avocat, spécialiste de droit international, il devrait très vite rentrer à Paris, y retrouver les farces dérisoires de la justice, mais dans le labyrinthe des ruelles serrées de Mogador, il s'enlise, s'englue jusqu'à devenir le disciple de Si Mohand, charmeur de mouettes et de goélands, qui arpente la casbah et nourrit les oiseaux.

  • Francis Bérezné découvre l'Art des fous lors d'un voyage à Lausanne en 1966.
    Cinq ans plus tard il est pris lui-même dans la spirale de la folie pour de nombreuses années. De cette conjonction naissent des dessins que l'on aurait pu dire "bruts", et une réflexion sur cet Art qui se prolonge jusqu'à aujourd'hui. Le récit se développe sur deux modes : l'évocation d'une période perturbée de la vie de l'auteur, et l'expression d'une saine colère.

  • Rue Lepic, le coiffeur est en deuil. Entre fable et rêve, absurde et divin, métamorphose et désespoir, une explosion de religiosité collective.
    "Maman vient de mourir dans sa cuisine, agenouillée devant la tête de veau qu'elle faisait blanchir pour le dîner. Je suis seul, dans sa chambre, en train de regarder la télévision et j'ai faim. Je ferais mieux de partir, d'aller dîner au restaurant, mais quelque chose me dit de ne pas la laisser seule avec l'animal, car de ma vie je crois n'avoir rencontré sur terre une tête de veau aussi bizarre."

  • D'Abidjan à Bangkok, Alger ou Paris, escale après escale, des fragments d'histoires saisies entre deux camions, deux bateaux ou deux pannes d'ascenseur. Comme dans un kaléidoscope, les personnages se figent un instant, surpris, épinglés par le plaisir ou le malentendu, pressés de poursuivre ou de fuir leurs fantasmes, puis le tableau se décompose et change. Autour du récit, résonnent l'avant et l'après de ces vies entrevues, machine grinçante, la vie continue.
    "Parfois j'ai l'impression qu'une puissance maléfique nous guette. Elle nous observe quand on s'agite dans la boue. Elle a regardé le vieux griffer la tôle en crevant et ça l'a fait marrer. - C'est Dieu dont tu parles, glousse Pierrot. Il épluche son oeuf et le sale."
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  • " J'entre enfin "... en matière, en écriture, en transe ? Un jeune sans-abri, déconnecté, débarque sur une île de la banlieue parisienne pour y squatter une " petite maison jaune ". Sans repères de temps ni d'espace, travaillé par le doute et la peur, il subit de plein fouet les agressions du monde extérieur. Coupé de tout sur son île, retranché dans ce logis provisoire, il s'interroge et fantasme sur les agissements mystérieux d'un couple de voisins. Il reste malgré tout branché sur le monde à travers l'invention de sa survie quotidienne. Et quand il quittera son refuge, ce sera, peut-être, pour s'en sortir.

  • Soleils ardents, cités lointaines, cafés, chambres d'hôtels... Des amants séparés s'écrivent d'un bout à l'autre du monde. Afin de mieux s'attendre ou se rejoindre un jour, ils décrivent la passion qui les unit comme l'un des lieux qu'ils traversent. Un otage, emmuré dans une cave, se dilue. Au contact d'un fruit écrasé, à son odeur acidulée, il découvre soudain qu'il fait encore partie du monde des vivants Des voyageurs, hommes ou femmes, se croisent, s'éblouissent un instant à la lumière de l'autre, évitent ou non de s'y brûler...

    "Elle se retire de la terrasse. En fermant les yeux comme un chat, il sent combien il adore la vie d'hôtel, combien tous ces hôtels où il a vécu un temps plus ou moins court incarnent pour lui autant de centres du monde. Il fait alors le voeu que ce coeur-là ne s'arrête jamais de battre. Ce coeur commun aux voyageurs, aux hommes et aux femmes ardents ou détachés, au travail, perdus, amoureux, inaptes à tout ou magnifiquement accomplis..."

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