Sindbad

  • Karagueuz et Hacivat sont les deux compères les plus célèbres de la culture populaire turque et moyen-orientale. Inspirés de deux maçons qui auraient vécu au XIVe siècle dans la ville de Bursa, ils incarnent par leurs querelles, la vivacité et l'humour souvent grivois de leurs échanges, tout le pétillant de la vie de quartier d'Istanbul à l'époque ottomane. Choisis dans ce répertoire classique qui n'avait jamais été traduit en français, les trois pièces qui composent ce livre n'ont pas pris une ride. Une lecture réjouissante en ces temps de fanatisme confessionnel et de bigoterie.

  • Voyages dans la modernité regroupe deux récits de voyage écrits à l'usage de l'élite cultivée durant la période des réformes ottomanes du XIXe siècle, les Tanzimat, qui cherchent à répondre à ces interrogations : pourquoi et de quelle manière les Européens réussissent-ils mieux que nous ?
    Le premier texte est le récit de voyage à Paris d'un notable et homme de lettres qui a effectué de nombreux séjours dans les grandes capitales européennes et dont les deux fils étudiaient à Paris. Le second est écrit par un journaliste resté anonyme, établi à Londres pour couvrir la première Exposition universelle. Ils témoignent de la manière dont étaient perçues Paris et Londres et la modernité qu'elles incarnaient, par les sujets d'un empire à la recherche d'une nouvelle définition du mot "civilisation", et ce sous l'impulsion des Tanzimat.
    Ces Tanzimat (réformes) désignent des décrets signés en 1839 puis en 1856, à travers lesquels les sultans ottomans s'engageaient à rénover l'organisation politique, économique et sociale de l'Empire de manière à garantir la sécurité, la propriété et l'honneur de tous les sujets, quelle que fût leur religion. Accompagner et accélérer le redressement de l'Empire afin de tenir bon face aux grandes puissances occidentales, notamment le Royaume-Uni et la France, devint de ce fait une préoccupation primordiale pour les intellectuels ottomans de l'époque, et leurs regards se tournèrent vers ces puissances pour s'inspirer de leurs institutions et comprendre les raisons de leur réussite.
    Les deux récits ici réunis sont à la fois des guides de voyage et des supports de réflexion à l'usage des voyageurs et des étudiants issus de l'élite, tout comme des représentants des plus hautes sphères de l'État, intrigués et fascinés par le progrès de l'Occident. En effet, on y trouve aussi bien des indications sur le prix d'entrée des musées ou la qualité des hôtels, que des observations philosophiques sur le progrès, l'industrialisation, l'organisation urbaine et leurs limites. Des remarques sur la vie quotidienne ajoutent à la fraîcheur des récits, comme ce constat par l'auteur du récit sur Londres qui, en observant les pêcheurs au bord de la Tamise, s'étonne que toute la nouvelle panoplie onéreuse de la pêche, érigée en véritable "science", ne serve qu'à attraper de bien maigres poissons.

  • Cet imposant ouvrage est unique en son genre dans la mesure où il s'agit de l'histoire de la littérature et des idées d'une période charnière aussi bien au Moyen-Orient que dans les Balkans. C'est le mouvement de renouveau culturel qui est étudié ici sous tous ses aspects, de la naissance de la presse à la modernisation de l'enseignement, de la transformation des genres littéraires traditionnels à l'adoption et l'adaptation des apports littéraires européens comme le théâtre et le roman. Des chapitres substantiels sont consacrés aux pères fondateurs de la littérature turque contemporaine.
    En un XIXe siècle affaibli par ses défaites militaires, rongé de l'intérieur par les autonomismes locaux, miné sur le plan économique par l'échange inégal avec les grandes puissances européennes, l'Empire ottoman réagit vigoureusement par une série de réformes institutionnelles (les Tanzimat), doublée d'un mouvement de renouveau culturel. C'est ce mouvement qui est étudié ici sous tous ses aspects, de la naissance de la presse à la modernisation de l'enseignement, de la transformation des genres littéraires traditionnels à l'adoption et l'adaptation des apports littéraires européens comme le théâtre et le roman. Des chapitres substantiels sont consacrés aux pères fondateurs de la littérature turque contemporaine, partagés entre les grands courants idéologiques de l'époque. En matière de littérature comparée, les lecteurs trouveront aussi des développements éclairants sur la proximité des poétiques classiques ottomane, arabe et persane, ainsi que sur l'influence considérable exercée en Turquie par la littérature française.
    Tanpïnar a entrepris la rédaction de son livre à l'occasion du centenaire du rescrit impérial des Tanzimat. Conçu à la fois comme un essai critique et comme un ouvrage de référence à l'usage des étudiants et des chercheurs, le livre ne sera publié qu'en 1949, et il connaîtra depuis lors plusieurs rééditions dont la plus rigoureuse, établie par Abdullah Uçman, a servi de base à cette traduction.

  • Ces deux relations d'ambassade sont bien plus que des rapports diplomatiques, comme on les pratique de nos jours.


    La première est celle d'Ali Efendi (1797-1802). Elle consigne les impressions, les jugements, les réflexions d'un seigneur ottoman, libéral et bienveillant, dont l'étonnement est tempréré par la condescendance. Il y est question, notamment, de l'expédition de Bonaparte en Egypte, dont les préparatifs avaient cependant échappé à l'ambassadeur, berné par le redoutable Talleyrand. Le texte est suivi d'une note particulièrement importante, dans la mesure où elle constitue la plus ancienne description par un Turc (et probablement par un Oriental) de la Révolution française.


    La seconde relation, rédigée par Abdurrahim Muhibb Efendi, fournit une synthèse de ses observations en France, de 1806 à 1811. Elle est remarquable par le parti pris résolument moderne de l'auteur, délaissant les descriptions frivoles pour se concentrer sur ce qui faisait, selon lui, la force de la France : l'administration efficace (et son corollaire le service public) et l'esprit scientifique (et son application dans l'industrie).

  • Émerveille par la capitale ottomane, où il arrive vers 1520, au début du règne de Soliman le Magnifique, un modeste lettré de province se propose d'en donner une description précise, non sans sacrifier au style précieux - et souvent savoureux - de son époque.
    En guise d'introduction, il résume la légende turque de la fondation de Constantinople, avant de brosser un tableau de la population, selon lui comparable au "rassemblement du Jugement dernier". Il exalte ensuite la beauté inégalée du palais de Topkapi, notamment le pavillon en cristal de roche, la salle du trône, le divan et les jardins, tout en dénonçant au passage les pratiques vénales d'attribution des charges.
    Quant aux édifices religieux, l'auteur se contente de faire l'éloge de Sainte-Sophie et du complexe de Fâtih, qu'il considère comme les signes les plus évidents de la grandeur ottomane. Les deux derniers chapitres nous plongent dans la vie quotidienne de la grande métropole, envisagée sous l'angle des plaisirs. C'est la partie la plus vivante du texte, dans laquelle l'auteur réussit à restituer le tumulte du marché, ainsi que l'ambiance de chaque quartier de la ville et de ses faubourgs.
    Le Traité de l'invective est, au contraire, une charge véhémente contre les habitants d'Istanbul, y compris les religieux et les militaires. L'auteur anonyme s'en prend tour à tour aux vices qui se sont répandus dans la ville, tels que la prostitution, l'ivrognerie et l'usage des drogues, mais aussi aux travers de la vie sociale, usant d'une langue crue inhabituelle dans la littérature ottomane.

  • La victoire du Japon sur la Russie en 1905 a suscité dans les pays colonisés ou dominés un mélange d'enthousiasme et d'espoir.
    L'événement montrait que l'Europe n'était pas invincible, et que l'on pouvait espérer se débarrasser de sa domination dans un avenir plus ou moins proche. Ce sentiment était particulièrement puissant parmi les musulmans, notamment les musulmans de Russie et les Turcs ottomans, ennemis héréditaires de l'empire des tsars. C'est dans ce contexte qu'un ouléma tatar, Abdürrechid Ibrahim, voulant percer à jour le secret de la puissance nippone, se rendit au japon au cours d'un long voyage en Asie entrepris en 1908-1910.
    Le résultat sera la publication d'un gros ouvrage de près de mille pages dont le tiers est consacré au Japon. Le récit d'Abdürrechid fourmille d'informations sur les moeurs des japonais, sur la vie sociale, politique, économique et intellectuelle d'un pays qui le fascine. Mais, au-delà de la relation de son séjour, il insiste sur la leçon que les musulmans doivent retenir de l'expérience japonaise : il est possible d'être moderne sans perdre son identité nationale, il n'est pas nécessaire de s'occidentaliser pour se moderniser.

  • Les onze nouvelles réunies dans cet ouvrage restituent une période charnière de l'Empire ottoman dans les Balkans : fin du XIXe-début du XXe siècle.
    Elles éclairent aussi les tragédies récentes dans cette région ravagée par les conflits ethniques et confessionnels. Chacune des nouvelles pose le problème des mutations des cadres traditionnels de la vie sociale, de la naissance des nouvelles identités, des revendications politiques des différentes communautés dans un Empire à bout de souffle. Pratiquement autobiographiques, ces nouvelles font penser inévitablement aux oeuvres des classiques balkaniques : Ivo Andric, Panaït Istrati ou encore Nikos Kazantzakis.
    Mais contrairement à Panaït Istrati, qui déclarait "n'adhérer à rien", Necati Cumali pensait que dans ces Balkans déchirés et perpétuellement en guerre, seule l'idéologie socialiste et humaniste pouvait instaurer un climat d'apaisement et de fraternité.

  • Evliyâ tchélébi, né en 1611 à istanbul, est incontestablement le plus grand voyageur de toute l'histoire ottomane.
    Fruit de plus de quarante ans de pérégrinations à travers les pays ottomans, et quelque fois au-delà, son livre de voyages en dix volumes est une mine d'informations historiques, géographiques, architecturales, linguistiques, administratives, biographiques et militaires. tour à tour confident des pachas, secrétaire, messager, percepteur, script, poète, chronographe, imam, muezzin, conteur populaire, evliyâ a été aussi un "correspondant de guerre" d'une étonnante acuité.
    C'est cet aspect-là que nous avons privilégié dans le présent ouvrage. ces récits de batailles ressemblent aux superproductions de l'âge d'or du cinéma. on y retrouve la part magique, fantastique ou mystique de l'historiographie traditionnelle, toutes les conventions du roman populaire oriental, notamment le style hyperbolique, et ces ingrédients composent un texte habilement rythmé par le mouvement des personnages.
    Certes, cette faconde romanesque d'evliyâ ne fait pas toujours bon ménage avec la description minutieuse des événements. cependant, grâce à elle, même un conflit local insignifiant, comme la bataille contre les cosaques, devient une immense épopée.

  • Cet ouvrage retrace les aventures d'un officier de cavalerie turc, osmân agha, originaire de la ville de temechvar, qui, en juin 1688, à la suite de la reddition de la place turque de lipova dans le cadre du conflit entre les ottomans et les habsbourg, fut capturé par les impériaux et emprisonné pendant onze longues années (1688-1699) en hongrie et en autriche.
    Après avoir bravé maints dangers, osmân agha réussit à s'enfuir avec trois compagnons d'infortune. réfugié à istanbul, il devient interprète officiel et entreprend la rédaction de ses souvenirs qui commencent par son enfance et se terminent par une prière au seuil de la vieillesse. il dresse un tableau vivant et pittoresque des événements saisissants et parfois dramatiques qu'il a dû affronter en terre chrétienne avec un courage inébranlable et une remarquable présence d'esprit.

    Outre ces mémoires, osmân agha a laissé quelques manuscrits, dont une histoire de l'autriche, datée de 1722, et le recueil épistolaire, composé de documents diplomatiques utilisés dans les échanges entre la chancellerie du pacha de temechvar et les contrées avoisinantes. le présent ouvrage a été traduit en allemand.

  • Wojciech Bobowski, né en 1610 à Lemberg (aujourd'hui Lvov en Ukraine, se retrouve, par des voies que nous ignorons, page du sultan au palais de Topkapi, sous le nom d'Ali Ufkî Bey ; il y apprend à jouer du santur (instrument à cordes percutées) et devient Santurî Ali Bey.
    Après dix-neuf ans de séjour au palais, où il est principalement affecté à la chambre de musique du sultan, il en sort vers 1657 pour devenir un des traducteurs (drogman) de la Sublime Porte. Il écrit alors en latin des ouvrages sur la langue turque et la religion musulmane, en italien une description du palais de Topkapi, traduit le Coran en turc et transcrit pour la première fois sous forme de partition des pièces de musique ottomane.
    Il est réputé posséder sept, treize, voire dix-sept langues. Il est bientôt connu en Europe sous les noms d'Albert Bobowski, Alberto Bobovio ou Albertus Bobovius. Cette Relation du sérail du Grand Seigneur, description du palais de Topkapi, est un des très rares textes rédigés de première main que nous possédions sur la demeure du souverain ottoman. Les innombrables descriptions occidentales dont nous disposons par ailleurs ne sont que des compilations de renseignements aussi épars qu'invérifiables ; quant aux Turcs eux-mêmes, ils se sont interdit toute description d'un lieu inaccessible.

  • Né vers 1498, l'amiral ottoman seyyidî 'alî re'îs fut nommé en 1553 commandant de la flotte d'egypte avec mission de la ramener de bassora à suez en forçant le blocus imposé par des bâtiments portugais.
    Seyyidî 'alî parvint, après mainte difficulté, à atteindre l'océan indien, mais la mousson le jeta sur les côtes du goudjerate. il décida alors que sa troupe retournerait à istanbul par voie de terre, mais celle-ci ne put résister aux offres des souverains indiens locaux. ce fut donc avec une cinquantaine de compagnons fidèles que seyyidî 'alî re'îs remonta le cours de l'indus, parvint à delhi où le grand mogol humayoun le retint plus d'une année, qu'il traversa l'indou-kouch, atteignit samarcande et boukhara, se trouva impliqué malgré lui dans les conflits entre les khans uzbeks rivaux, marcha trois semaines à travers steppes et déserts en direction d'astrakhan et dut rebrousser chemin, cette ville venant d'être prise par ivan le terrible.
    Finalement, il n'eut d'autre solution que de passer par l'iran safavide où, après avoir été emprisonné à hérat, il fut retenu quelque temps, sous les apparences de l'hospitalité, par chah tahmâsb. celui-ci le laissa enfin libre de partir par la route de son choix. cette étonnante anabase ottomane constitue un exemple rare du regard de l'orient sur son propre orient et le témoignage inestimable, sur le plan historique, d'un homme de coeur et d'esprit qui connut personnellement humayoun, akbar, tahmâsb et soliman le magnifique.

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