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  • En octobre 1897, sous l'impulsion du docteur Ernst Nyssens, la Société belge pour l'étude de la Réforme alimentaire (association prônant le végétarisme) fondait sa propre revue. Cette publication s'appuyait sur les premiers résultats d'études scientifiques qui mettaient en valeur le bénéfice du régime végétarien pour la santé. Quelques années plus tard, en 1901, Elisée Reclus, géographe anarchiste français, et végétarien convaincu, est invité à publier une tribune dans cette même revue. Pour Elisée Reclus, c'est l'occasion de rappeler des réalités qui méritent, plus de cent ans plus tard, d'être à nouveau exposées. La force du raisonnement de l'auteur n'est pas seulement de rappeler toute l'inhumanité de l'élevage (aujourd'hui devenu industriel), et de l'abatage des animaux que l'homme organise dans des usines de la mort, rationalisées à l'extrême - Henry Ford ne puisa-t-il pas l'idée de la division du travail, dans le souvenir d'une visite qu'il avait faite adolescent dans les immenses abattoirs de Chicago ? -, mais d'expliquer que le végétarisme deviendra comme une évidence pour l'humanité, car cela s'inscrira historiquement dans son évolution. Même si, aujourd'hui encore (et plus que jamais), cette voie ne semble pas celle qui a été prise par notre société de consommation... © Mazeto Square.

  • En novembre 1888, Octave Mirbeau fait paraître dans le Figaro, La grève des électeurs, véritable pamphlet contre le leurre que représente, selon lui, le suffrage universel dans le système républicain. A cette époque, cela fait quelques années déjà qu'Octave Mirbeau pointe les dérives de la IIIe République, en y dénonçant de sa plume acerbe de nombreux scandales ; souvent, pour le plus grand bonheur de certains journaux bonapartistes ou monarchistes. Mais si certains conservateurs se retrouvent dans ses articles teintés d'anticapitalisme, que l'on ne s'y méprenne, Octave Mirbeau exprime avant tout une pensée qui prend sa source dans l'individualisme libertaire. En effet, si Octave Mirbeau se moque de cet « animal irrationnel, inorganique, hallucinant » qu'est l'électeur, allant d'ailleurs dans le sens de Pierre-Joseph Proudhon, quand celui-ci écrivait cinquante ans avant lui : « Alors que la Révolution française devait accoucher d'une société nouvelle, le peuple n'aura été que "le singe des rois." » (Qu'est-ce que la propriété ? 1840), c'est pour mieux affirmer la duperie de la démocratie représentative : les classes dominantes arrivent à se faire élire et à se maintenir au pouvoir par ceux-là mêmes qu'elles exploitent davantage chaque jour. Et sous un certain pessimisme de l'auteur, se manifeste alors clairement la volonté d'inviter chacun à prendre part directement à la vie politique, en citoyen libre. © Mazeto Square.

  • Recueil de poèmes composé en prose, où la poésie s'efface parfois pour laisser place au récit, Une saison en enfer tient une place particulière dans la bibliographie de son auteur. Il faut dire que quand Arthur Rimbaud s'attelle à son écriture, sa passion avec Paul Verlaine est devenue tumultueuse. Ils se sont séparés violemment, et le jeune Arthur a dû retourner parmi les siens pour véritablement expier cette aventure sentimentale qui le ronge véritablement. Durant le printemps 1873, le poète s'enferme dans le grenier de la ferme familiale, couchant sur le papier toute la folie des sentiments qui le traversent. Entre la désillusion et la mélancolie, on croit aussi ressentir un certain mal de vivre - qui pointait déjà dans ses premiers poèmes - et qui s'affirme désormais davantage. Après son dernier voyage avec Paul Verlaine, en Angleterre, et leur rupture définitive au mois de juillet 1873, Arthur Rimbaud se rend en Belgique pour entreprendre la publication de ce manuscrit ; il paraîtra en octobre de la même année, à compte d'auteur. Ayant des difficultés à solder sa dette auprès de l'imprimeur, le livre ne sera pas diffusé, et il faudra attendre plusieurs années après la mort d'Arthur Rimbaud pour que ce recueil reprenne toute sa légitime place dans l'oeuvre de son auteur. © Mazeto Square.

  • A la fin de l'année 1897, soit quelques mois avant sa mort, Stéphane Mallarmé publia dans la revue Cosmopolis (fondée par Fernand Ortmans) Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Après des années de vie parisienne, ayant côtoyé la crème artistique, et avant-gardiste de la capitale, Mallarmé s'était retiré dans la vallée de la Seine pour se dédier à une grande oeuvre. Lui, qui avait su se libérer de cette nostalgie des êtres chéris perdus, qui submergeaient ses premiers poèmes ; lui, qui avait su libérer les mots de leur fonction primaire, les laissant désormais simplement se suggérer au gré du chant ; voici qu'il s'attelait à les libérer de ces pages trop étroites. Ainsi, Stéphane Mallarmé libéra la typographie des contraintes. Comme en musique - car c'est bien une partition qui s'offre à nous -, le poète a alterné les césures, les suspensions, et les blancs pour laisser place aux images naissantes. Dorénavant, le poète fera sien du cercueil où seront renfermés ses vers vivants. Telle une longue phrase lancinante, qui s'épanouit au gré des pages offertes à elle, et où les mots s'exhibent comme des dessins, imprégnant le blanc du papier de leurs pattes anthracite, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard annonçait une régénération de l'oeuvre du poète, dont le parfum nous embaume toujours. © Mazeto Square.

  • A l'automne 1883, alors qu'il s'apprête à quitter ses fonctions au ministère de l'Instruction publique, ayant durablement réformé l'enseignement primaire - à travers la promulgation, en quelques années seulement, de plusieurs lois, dites lois scolaires -, le rendant public, gratuit, laïc et obligatoire, Jules Ferry rédige une circulaire qui sera adressée à tous les instituteurs, et que l'on connaît mieux aujourd'hui sous le nom de Lettre aux instituteurs. Quelques années auparavant, c'est un contexte politique, favorable aux républicains qui ont permis cette imposante réforme du système scolaire de la fin du XIXe siècle, débarrassant celui-ci d'une influence religieuse, conservatrice, et royaliste ou bonapartiste, pour mieux le contrôler. Et c'est justement dans cet esprit d'une instruction laïque, « (mettant) en dehors du programme obligatoire l'enseignement de tout dogme particulier », - qui débouchera in fine à la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905 - que Jules Ferry s'adresse à tous les hussards noirs de la République. Bien que Jules Ferry s'en défende, toute morale, qu'elle soit laïque ou religieuse, porte en elle une volonté cachée, un dessein inavoué : « s'approprier l'homme ». © Mazeto Square.

  • Au mois de septembre 1866, Prosper Mérimée - intime de la famille de Napoléon III - accompagne l'impératrice Eugénie en excursion dans le Sud-Ouest. Le voyage est long et ennuyeux, alors Mérimée s'amuse à écrire une petite nouvelle sans prétention : La Chambre bleue. L'intrigue évoque les amours clandestines de deux jeunes amants qui se retrouvent dans une pension pour passer la nuit. Si le début du récit emprunte à la comédie, le ton mystérieux de l'auteur lui donne peu à peu des accents d'intrigue policière, pour finalement aboutir à une farce tragi-comique. Composée à l'intention d'Eugénie, cette « petite chose » - comme l'a qualifiée Mérimée lui-même - n'était pas destinée à être rendue publique ; mais lorsque l'on vida les appartements de la famille Bonaparte au lendemain de la débâcle de Sedan, en 1870, on retrouva un exemplaire de la Chambre bleue dédicacée à l'impératrice. Dès lors, cette nouvelle d'une frivolité bourgeoise devint comme un symbole antinapoléonien, et c'est ainsi qu'elle gagna clandestinement Bruxelles où elle fut publiée dans un journal républicain. Si les qualités d'écritures de La Chambre bleue peinent à être soulignées, eu égard à l'oeuvre de son auteur, cette nouvelle n'en demeure pas moins une « petite chose » concise, et bien amusante à lire. © Mazeto Square.

  • L'esprit musical d'Erik Satie est un court pamphlet, où la malice et l'ironie s'invitent à chaque ligne. Il est le fruit d'une conférence donnée à Bruxelles, puis à Anvers, en 1924, quelques mois avant sa mort. Il a été publié pour la première fois, semble-t-il, en 1950 par Pierre Aelberts, éditeur liégeois. Le style oral se ressent parfaitement dans la retranscription qui en a été faîte. Alternance des points de suspension et silences, comme autant de points d'orgue ou de prolongation... Mais c'est surtout un texte imprégné de l'humour d'un Erik Satie ricaneur, maladroit - à souhait -, parfois dubitatif, souvent très juste dans la teneur de ses propos. Vous l'aurez deviné, cette démonstration de ce qu'est l'esprit musical est avant tout l'expression de l'esprit raffiné qui irradiait son auteur.« Je suis venu au monde très jeune dans un temps très vieux. » E. Satie. © Mazeto Square.

  • Sous ce titre ambigu (La royauté du peuple souverain) se cache une lecture critique acerbe de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et à travers elle, de ce qu'il en est de l'héritage de la Révolution française. Il s'agit d'une sélection d'extraits de, Qu'est-ce que la propriété ? (1840), ouvrage majeur de Proudhon, qui furent choisis, et réédités en 1912, dans le n° 53 des Temps nouveaux, revue anarchiste dirigée à cette époque par Jean Grave. Le dessein poursuivi par ce journal était de proposer des textes courts de propagande du courant progressiste, compréhensibles par le plus grand nombre de lecteurs. La force de ce manifeste est donc de présenter quelques idées - simples, et fortes - de la réflexion de Proudhon, véritable pilier de la critique sociale. A la lumière de notre temps, tout ce qui y est écrit par l'auteur résonne encore fortement : crise de la démocratie représentative, inflation du nombre de lois d'origine lobbyiste, subsistance d'une remise en cause de la souveraineté dite populaire, etc. Alors que la Révolution française devait accoucher d'une société nouvelle, pour Pierre-Joseph Proudhon, le peuple n'aura été que « le singe des rois ». © Mazeto Square.

  • Quand Maximilien de Robespierre prend la parole le 26 juillet 1794 (8 thermidor de l'An II de la République), devant les députés de la Convention, ce dernier a pleinement conscience que le discours qu'il va prononcer est d'une extrême importance. Alors qu'il est devenu l'homme fort de la révolution, nombreux sont ceux, parmi les élus de la représentation nationale, qui se sont ligués contre lui, et à sa vision pure d'une république de l'égalité et de la vertu. Dans son long discours, Robespierre s'explique sur la politique de Terreur nécessaire qu'il a soutenue, et se défend avec sincérité quand on l'accuse d'être un tyran. Toute la puissance de ce texte réside dans la vision éclairée que Robespierre avait des événements révolutionnaires, et de leurs conséquences historiques à venir, n'hésitant pas à prendre un recul intéressant pour nous livrer un testament politique. Au lendemain de son discours, Robespierre, ainsi que d'autres députés le soutenant, seront arrêtés, et guillotinés. Si de nos jours l'image - façonnée par ses adversaires - d'un Robespierre tyrannique et sanguinaire est encore très présente dans les esprits, l'homme l'avait prévu, puisqu'il écrivit en guise de péroraison : « Les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera. » © Mazeto Square.

  • Edité par sa revue les Temps Nouveaux, ce texte de Jean Grave fait partie d'une collection de brochures dite de propagande. Pour quelques centimes de l'époque, chacun pouvait avoir accès à une littérature socialiste et anarchiste ; bien souvent des écrits engagés de militants, abordant des thèmes proches des préoccupations prolétariennes, mais aussi des synthèses d'oeuvres plus complexes, visant à faire connaître les thèses libertaires aux moins instruits. Avec Ce que nous voulons, Jean Grave expose succinctement les raisons de son engagement politique - et à travers lui, le combat que mènent les anarchistes de son temps - en soulignant les axiomes de la société bourgeoise (autorité, hiérarchie, individualisme et salariat), pour mieux définir les contours de la société nouvelle : celle que les anarchistes souhaitent. Loin du désordre social, sans cesse et toujours annoncé par ses détracteurs, l'idéal libertaire, qui se dessine sous la prose de Jean Grave, pose les bases d'une organisation sociale régénérée - d'un nouvel ordre social - où l'homme est remis au centre du jeu ; où chacun, devenu citoyen-producteur, s'insère librement dans un système d'autogestion, et participe directement à la prise de décision politique : penser, parler et agir librement. Plus que centenaire, ce texte n'a perdu ni sa force ni sa juste analyse des réalités de la société. © Mazeto Square.

  • Des écrits publiés d'Isabelle Rimbaud, celui-ci se distingue particulièrement. Il ne s'agit pas d'une succession de lettres choisies de sa correspondance échangée avec sa mère au sujet de son frère (Rimbaud mourant, 1891), ni des ultimes souvenirs de la fin de vie du poète, couchés sur le papier, qui s'appliquaient à l'évoquer avec une nécessaire précision biographique (Le dernier voyage de Rimbaud, 1897). Ecrites seulement quelques mois après le décès de son frère Arthur, les pages qui suivent font état de la grande profondeur des sentiments qui ont traversé la vie d'Isabelle Rimbaud. Le chagrin, la nostalgie de l'être chéri perdu et le dévouement à l'autre, chaque phrase semble en être imprégnée. Il y a également la grande espérance en la foi, qui grandira sans cesse en elle ; quelques années plus tard, elle évoquera d'ailleurs celle qu'elle crût percevoir chez son frère mourant (Rimbaud catholique, 1914). Ce sont en quelque sorte les premières réflexions, survenues dans le temps du deuil, qu'Isabelle Rimbaud nous livre ici. Dans un ressenti intact, elle nous parle d'une salvatrice expérience d'amour fraternel, et nous rappelle, qu'au-delà du poète qu'était Arthur Rimbaud, il fut aussi ce frère. © Mazeto Square.

  • Bonaparte

    Jean Jaurès

    Ce texte a été publié pour la première fois en 1921, par les éditions de L'Humanité, sept ans après la mort de Jean Jaurès. Dans la préface qui accompagnait cette édition, Louis Noguères (avocat, et futur élu socialiste) expliquait dans quelles conditions Jaurès avait rédigé « le beau chapitre au travers duquel on retrouvera son souffle puissant ». Depuis 1900, Jaurès et ses collaborateurs s'attelaient à la rédaction de L'Histoire socialiste. A la suite d'un incendie, qui détruisit toutes les notes d'un des rédacteurs chargés de la période du Consulat, Louis Noguères dut au pied levé s'atteler à la réécriture de ce passage dont la publication était déjà programmée. Au mois de septembre 1904, fatigué, Louis Noguères s'accorde quelques jours de vacances. Pendant son absence, l'éditeur se rend chez lui, et, ne le trouvant pas, appelle Jaurès pour s'enquérir des nouveaux feuillets à publier. « Et Jaurès, aussitôt, de sa grande et forte écriture, rédigea d'un trait les quarante pages nécessaires. » Revenu à Paris, Louis Noguères prie Jaurès de l'excuser, et envoie à l'éditeur ce qu'il avait déjà écrit. Jaurès, sans aucune rancune pour l'effort que lui a demandé cette escapade non programmée, intervient auprès de l'éditeur pour que ce soit le travail de Noguères qui soit publié, à la place du sien, et confirme même sa belle amitié, en confiant à Louis Noguères les feuillets qui suivent. © Mazeto Square.

  • Poèmes

    Bonnie Parker

    Bonnie Parker et Clyde Barrow sont sans aucun doute les criminels américains les plus célèbres du XXe siècle. Déjà de leur vivant, les deux amants avaient su passionner la presse par leurs exploits meurtriers. Sans foi ni loi, ils étaient jeunes et beaux, et leur mise à mort sans pitié par la police fédérale, lors d'une embuscade, n'a fait que précipiter leur destin tragique : la légende Bonnie & Clyde était née. Ce que l'on sait moins, c'est que Bonnie Parker était également une femme passionnée par la littérature. Bonne élève, elle avait reçu de nombreux prix en orthographe et en écriture durant sa scolarité : la jeune Bonnie avait un réel talent pour la rédaction de poésie. Les quatre poèmes présentés ci-après, attribués à Bonnie Parker, ont été composés entre 1930 et 1934, alors qu'elle forme avec Clyde, le gang Barrow. Ils ont été écrits, soit en cavale, soit en prison, comme The Story of « Suicide Sal » que Bonnie a rédigé en 1932, à la prison de la ville de Kaufman (Texas). Dans ses poèmes, Bonnie Parker évoque avec une certaine lucidité la dure vie qui s'offre à ceux qui ont choisi de vivre hors la loi : la cavale, la prison, la solitude, et la mort tout autour qui rôde sans cesse. Mais dans cette dure vie, qu'elle nous décrit sans chichi, une lueur d'espoir s'esquisse entre chaque vers : son amour fou pour son homme, le beau et ténébreux Clyde, dépeint sous les traits d'un gangster au grand coeur, dans la lignée de Billy the Kid ou Jesse James. © Mazeto Square.

  • Ces adieux de Napoléon Bonaparte, écrits par l'empereur déchu en 1815, quelques semaines avant son ultime retour et bataille à Waterloo, en Belgique, correspondent à l'édition originale publiée chez la maison Dentu, en novembre 1848. Cette époque est très instable politiquement. En février 1848, une insurrection parisienne a contraint le roi Louis-Philippe Ier à abdiquer. La Deuxième République a été instituée et la Chambre des députés s'est formée en Assemblée constituante afin de doter la France d'une nouvelle constitution conforme au régime républicain. A l'automne 1848, la Constitution est votée, et l'on prépare activement l'élection présidentielle, où vont s'affronter plusieurs candidats, dont un certain Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier. C'est à cette date que la maison Dentu, maison d'édition proche du courant royaliste, décide de publier ces adieux de Napoléon Bonaparte. Les écrits de l'empereur, édités pour la première fois, y sont annotés et commentés ; sous la plume critique de l'éditeur, on peut saisir toute l'animosité que celui-ci avait pour la famille Bonaparte et leur manière de considérer le pouvoir. Sans doute avait-il raison, puisque l'histoire nous apprendra que Louis-Napoléon Bonaparte sera élu président en décembre 1848, et que quatre ans plus tard, il fera un coup d'Etat, devenant - comme son oncle - empereur des Français, sous le nom de Napoléon III. © Mazeto Square.

  • Testament

    Louis Xvi

    Daté du 25 décembre 1792, ce testament d'un roi prisonnier a été rédigé à la Tour du Temple - forteresse parisienne aujourd'hui disparue - alors que le procès de la monarchie est en cours d'instruction par la Convention nationale. Depuis un mois, Louis XVI - redevenu Louis Capet pour le procureur de la Commune de Paris - tente de se défendre, difficilement, des crimes qu'on lui reproche ; c'est-à-dire trahison et conspiration contre l'Etat. Il vit cloîtré, dans un petit logement, séparé de sa famille, avec pour seule compagnie son valet de chambre et la visite de ses conseils. En ce jour de Noël, Louis XVI, homme qui fut toute sa vie très pieux, sait que son triste sort semble fixé. Il s'adonne alors à la prière, à la lecture et à la rédaction de ce testament. Nous comprendrons ainsi aisément, pourquoi, dans les pages qui vont suivre, il n'est point question d'évoquer la transmission de ses biens ; au contraire, ses dernières volontés, très spirituelles, adressées à Dieu, nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de ce monarque, au destin particulier, pris malgré lui dans le sens de l'Histoire. Quant au testament de Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, il s'agit de l'ultime lettre qu'elle put adresser à sa belle-soeur - Madame Elisabeth - quelques heures avant son exécution, le 16 octobre 1793. © Mazeto Square.

  • Epître de la modération en tout, dans l'étude, dans l'ambition, dans les plaisirs, est un petit ouvrage, composé en vers, et publié pour la première fois à Paris, en 1738, chez la maison Prault & Fils. A cette époque, Voltaire vit en Suisse depuis plusieurs années, en compagnie de sa jeune maîtresse, Emilie du Châtelet, une des premières femmes de sciences dont les études sont parvenues jusqu'à nous. Leur liaison repose pour beaucoup sur les travaux qu'ils mènent ensemble au sujet de ce qui n'est pas encore appelé la physique. Une véritable émulsion intellectuelle naît entre les deux amants. Voltaire, qui est à cette époque, avant tout, un homme de lettres - écrivain à succès de pièces de théâtre notamment -, sera initié par Emilie du Châtelet aux mathématiques, puis aux théories d'Isaac Newton, dont elle traduira, en français : Principes mathématiques de la philosophie naturelle, quelques années plus tard. C'est dans ce contexte que paraît ce court traité, d'un Voltaire en prise avec le questionnement de notre univers, s'affirmant de plus en plus comme un philosophe, conceptualisant peu à peu sa pensée. Passée presqu'inaperçue à sa parution, cette épître accessible à tous est à redécouvrir. © Mazeto Square.

  • La Déclaration de Vérone est le premier texte politique de Louis XVIII, devenu prétendant au trône de France, suite à l'annonce du décès de son jeune neveu Louis XVII, survenu à la prison du Temple, le 8 juin 1795. Adressé à tous les Français, alors que son auteur est toujours en exil à Vérone, en Italie, ce manifeste survient dans un contexte politique où la flamme révolutionnaire, qui avait embrasée la France, semble peu à peu s'éteindre : l'exécution du couple royal en 1793 a profondément impressionné les campagnes. L'année suivante, la Terreur meurtrière, à l'encontre des contre-révolutionnaires, initiée par les Jacobins, et impulsée dans un contexte d'une France républicaine agressée à ses frontières par de multiples coalitions des monarchies voisines, se soldera par l'assassinat de son plus virulent partisan, c'est-à-dire Robespierre, et une remise en cause des Montagnards ; et en 1795, le mécontentement populaire se fait ressentir quant à la vie chère, et à la baisse de la valeur des assignats détenus par la bourgeoisie... Au printemps 1795, le courant royaliste se fortifie donc, et c'est tout naturellement à ce moment précis que Louis XVIII écrit cette déclaration, dans le dessein de ramener, un peu maladroitement, ceux qu'il considère encore comme ses sujets, à un « gouvernement qui fut pendant quatorze siècles, la gloire de la France et les délices des Français. » © Mazeto Square.

  • Qu'est ce que l'anarchisme ? Dans la version présentée ci-après, elle est une sélection des principaux textes qui ont été publiés dans le numéro 123 de mars 1933 de la Brochure mensuelle. La Brochure mensuelle fut, pendant plusieurs années, l'un des organes de la presse anarchiste en France. Animée par Emile Bidault, il en était le rédacteur principal, cette revue libertaire avait pour oeuvre de « montrer combien l'autorité est irrationnelle et immorale, la combattre sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser. Permettre aux hommes de s'affranchir eux-mêmes d'abord, des autres ensuite [...] ». Trois autres textes accompagnent celui d'Emile Bidault, écrits par Jo Labadie (1850-1933), théoricien anarchiste américain, Henry Meulen (1882-1978), économiste anarchiste britannique, et John-Henry Mackay (1864-1933), écrivain libertaire. Dans l'édition originale de mars 1933, un autre texte clôturait la revue, écrit par une militante de première importance pour la mouvance anarchiste et féministe : il s'agissait d'une traduction de Voltairine de Cleyre : L'idée dominante. Elle n'a pas été incluse dans la réédition présentée ici, car, vu l'importance de ce qui est démontré, il nous paraît nécessaire d'y consacrer prochainement une réédition complète. © Mazeto Square.

  • Quand Le Figaro, alors journal parisien et littéraire, publie dans ses colonnes, en décembre 1859, Le Roman du Chaperon-Rouge, Alphonse Daudet n'a pas 20 ans, mais déjà s'affirme-t-il comme un esprit vif, et fin. Si l'auteur a pris soin de préciser sous le titre qu'il s'agit de scènes et fantaisies, c'est parce que Le Roman du Chapeau-Rouge, n'est pas un roman, mais plutôt un conte fantaisiste, écrit sous la forme d'une pièce de théâtre, en un acte. Fantaisiste, car Alphonse Daudet se permet de nous présenter un Chaperon-Rouge bien différent de celui de Charles Perrault - elle nous apparaît comme un sacré bout de femme ! -, en lui faisant croiser le chemin de personnages empruntés à d'autres univers (Polonius d'Hamlet, le jeune Picou, les amoureux, etc.). Tout en respectant la trame de Perrault, Alphonse Daudet livre une pièce de théâtre pleine de vitalité, et qui a gardé son authentique fraîcheur juvénile. © Mazeto Square.

  • En 1897, trois ans après la condamnation du capitaine juif Alfred Dreyfus pour haute trahison, les preuves attestant de son innocence sont mises en lumière. Le traître, celui qui avait effectivement transmis des informations secrètes à l'Empire allemand depuis 1894, est le commandant Esterhazy. C'est lui qui a écrit le célèbre bordereau, pièce qu'on attribua à Dreyfus, et qui l'envoya en déportation sur l'île du Diable, en Guyane. La France se déchire..., une partie de l'opinion française - nationaliste et traditionaliste - voit dans cette affaire le signe d'un complot juif : le débat public quitte dès lors les rives de la vérité pour s'enfoncer dans l'antisémitisme. C'est à ce moment qu'Emile Zola, engagé dans la défense de Dreyfus depuis quelque temps, décide de publier sa Lettre à la jeunesse ; celle-ci paraît le 14 septembre 1897. S'adressant à une jeunesse qui ne semble pas comprendre l'enjeu de l'erreur judiciaire dont est victime Alfred Dreyfus, Emile Zola souhaite éveiller les consciences, et en appelle à l'amour de la justice qui jadis irriguait, selon lui, les veines des jeunes gens. Début 1898, les autorités militaires décident finalement de juger le commandant Esterhazy : celui-ci est acquitté. Face à tant d'incompréhensions, Emile Zola publiera alors son célèbre « J'accuse », dans le journal L'Aurore. © Mazeto Square.

  • En 1835, Alexis de Tocqueville remet à la Société royale académique de Cherbourg un mémoire sur le paupérisme, sujet devenu préoccupant à cette époque en Angleterre et en France, et qui demeure néanmoins toujours d'actualité. Initialement, Tocqueville avait prévu de publier deux tomes : l'un sur les causes du paupérisme (présenté ci-après), l'autre sur les manières d'y remédier, mais ce second mémoire ne fut jamais publié. Si la pensée de Tocqueville a toujours été une référence importante pour les théoriciens du libéralisme, il est à souligner que les positions de celui-ci sont souvent pertinentes, puisque nuancées, et loin de toute vulgate partisane. Ainsi dans ce Mémoire sur le paupérisme, si Alexis de Tocqueville s'oppose à la charité publique, qui selon lui développe l'oisiveté des plus pauvres, il pose néanmoins la question de la manière dont les richesses produites doivent être partagées entre les propriétaires des industries et leurs ouvriers. En ce sens, certains voient en Tocqueville un penseur prémarxien, même si ce dernier n'a jamais soutenu les théories socialistes naissantes, son amour de la liberté étant sans doute plus fort que son amour de l'égalité. © Mazeto Square.

  • Pour un soldat

    Victor Hugo

    En février 1875, Victor Hugo rédige ce pamphlet pour demander la grâce d'un soldat que la cour martiale vient de condamner à mort pour « insulte grave envers son supérieur ». Farouche opposant à la peine capitale depuis plusieurs années, Hugo s'appuie dans sa plaidoirie sur un fait marquant qui se déroula deux années plus tôt, également devant un tribunal militaire. En 1873, on jugea le maréchal Bazaine, coupable de s'être rendu aux Prussiens, sans avoir combattu, en livrant Metz. Les juges le déclarèrent coupable de « haute trahison », mais la peine de mort ne s'appliqua pas pour lui, seulement la dégradation militaire. Certains diront que cette clémence était due au brillant passé militaire de Bazaine (en 1945, le général de Gaulle eut cette même indulgence pour le maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun) ; d'autres rappelèrent qu'en livrant Metz, Bazaine, officier bonapartiste et très conservateur, facilita aux Prussiens l'accès à Paris, alors aux mains de la Commune qui s'essayait à l'autogestion, et se rêvait à un idéal socialiste. En mettant dans la balance de la justice ces deux exemples - le sort d'un maréchal, et celui d'un troufion -, Victor Hugo démontre adroitement qu'il existerait donc deux justices. Finalement, le soldat Blanc ne fut pas fusillé, sa peine ayant été commuée en cinq années de prison, sans dégradation militaire. © Mazeto Square.

  • Quand Henri IV, protestant converti au catholicisme, monte sur le trône, les guerres de religion ensanglantent la France depuis bientôt trente ans. Sa priorité est d'instaurer la paix religieuse : en 1598, il y parvient, et il promulgue l'Edit de Nantes qui reconnaît officiellement le protestantisme. Si ce texte est remis en cause par les catholiques les plus fervents, et d'anciens ligueurs, le peuple dans sa majorité approuve les efforts faits par Henri IV pour faire cesser cette guerre civile. Aussi, l'assassinat du bon roi Henri, en 1610, fut un événement terrible qui marqua profondément les Français, que ce soit dans les campagnes, traditionnellement conservatrices, ou dans les grandes villes, comme Paris, réputées plus frondeuses. Les témoins de l'époque parlent d'ailleurs de « parricide » et non de « régicide » : « Meurtrière et cruelle lame, qui transperce nos âmes, lâchant la bonde de nos larmes, tu nous ravis notre père, notre protecteur et le bienfaiteur des Français. » François Ravaillac avait osé porter atteinte à la personne sacrée du roi. Son crime de lèse-majesté - extraordinaire - nécessita un procès, un jugement et un supplice extraordinaires eux aussi, qui marquèrent à leur tour des générations d'écoliers français. © Mazeto Square.

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