Klincksieck

  • L'oeuvre de Walter Benjamin est un audacieux projet d'histoire, d'art et de pensée.
    En tant que tout formant un seul et même fonds, se composant d'innombrables archives: elles rassemblent images, textes et signes que l'on peut voir et comprendre, mais aussi expériences, idées et espoirs que l'auteur a consignés et analysés. C'est avec l'ethos d'un archiviste que Benjamin a posé les bases du sauvetage de son fonds posthume. Les techniques archivistiques ont marqué de leur empreinte le processus de l'écriture, Benjamin exerçant celles-ci avec passion: systématiser, reproduire, classer sous des sigles, extraire et transférer.
    Treize archives sont visitées ici: manuscrits à la présentation très travaillée; schémas et signets colorés pour l'organisation du savoir; photographies d'un appartement meublé seigneurial, des passages et de jouets russes; cartes postales imagées de Toscane et des Baléares; registres, fichiers et catalogues tenus avec un soin obstiné; carnets de notes où chaque centimètre carré est utilisé; une collection de mots et locutions du fils en son jeune âge; des énigmes et de mystérieuses Sibylles.
    Le tout formant réseau d'une subtile manière. Les archives de Walter Benjamin sont fort complexes et très personnelles, parfois irrationnelles et marginales, et pourtant elles mènent au centre de son oeuvre. Elles tracent un portrait de l'auteur émergeant de ses archives.

  • Récemment redécouverte, l'oeuvre de Gilbert Simondon inspire des travaux novateurs bien au-delà des frontières académiques françaises. La décade « Gilbert Simondon ou l'invention du futur », qui se tint du 5 au 15 août 2013 au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, a rassemblé des participants du monde entier et de toutes disciplines. Cette décade fut un intense moment d'émulation et d'échange où tous les orateurs, qu'ils soient spécialistes, comme Jean-Hugues Barthélémy, Andrew Feenberg ou Bernard Stiegler, venus d'autres horizons, tels que Armand Hatchuel, Gilles Cohen-Tannoudji ou Thierry Gaudin, ou jeunes chercheurs, eurent à coeur d'offrir la pensée la plus vive et de la partager dans un esprit d'ouverture. Il en résulte un livre foisonnant où l'astrophysique côtoie la psychothérapie, où l'architecture dialogue avec l'informatique, etc., et où tous les savoirs tendent vers une circulation encyclopédique.
    Ces Actes débutent avec la question des « transductions politiques de Simondon », qui eut été naguère perçue comme incongrue tant son oeuvre paraissait décalée par rapport aux idéologies dominantes. Il est d'autant plus frappant que nombreux soient ceux qui y trouvent, aujourd'hui, les outils pour penser la relation entre les évolutions technologiques et les normativités sociales.
    Le second chapitre porte sur « la technoesthétique et le design ».
    Simondon a montré que la pensée esthétique déborde les oeuvres d'art et peut s'appliquer aux objets techniques. Mais il fraye aussi la voie à une esthétique interne à la réalité technique, c'est-à-dire à une technoesthétique ne reposant plus sur la contemplation mais sur la participation à la technicité.
    Le troisième thème, « la culture technologique », parait classique.
    Toutefois, les techniques de miniaturisations électroniques à l'échelle du nanomètre comme les instruments astronomiques qui repoussent l'horizon d'observation du cosmos, imposent à la culture d'intégrer les schèmes techniques innovants de la communication entre les échelles.
    Le quatrième chapitre, consacré au « préindividuel quantique », est caractérisé par un souci de contemporanéité. Il ne s'agit pas de revenir à l'interprétation proposée par Simondon en son temps, mais de partir du formalisme quantique en tachant de produire une interprétation de la mécanique quantique basée sur les notions de préindividualité, de potentialité et de phases.
    Avec le cinquième chapitre, on aborde les enjeux de « l'information et les réseaux » en étudiant l'informatique et les technologies de la communication. Ces technologies conditionnant aussi l'individuation psychique et collective, le sixième chapitre prolonge l'enquête en direction du « sens du transindividuel », notamment en relation avec les nouvelles formes de mobilisation sociale. Enfin, ce cycle de réflexions ne saurait s'achever sans permettre au lecteur de prendre la tangente : le dernier chapitre est consacré à « une philosophie en devenir » et rassemble les interventions esquissant des lignes d'évolution possibles pour la philosophie de Simondon.
    Premier jalon dans l'internationalisation des études simondoniennes, cet ouvrage propose donc un panorama des recherches menées à partir de la pensée de Simondon dans une perspective opératoire résolument orientée vers l'avenir.

  • Dans le champ de la recherche sur les jardins, il est souvent question des jardins « à la française » ou bien des jardins « à l'anglaise ». Les jardins allemands sont quant à eux bien souvent passés sous silence, au pire totalement méconnus, au mieux soupçonnés de n'avoir existé que comme imitation des premiers puis des seconds. S'en tenir à ce constat revient à méconnaître toute la période extrêmement stimulante et productive de l'art paysager allemand, qui est celle qui s'étend de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, où l'art des jardins allemands s'émancipa peu à peu de la tutelle anglaise des débuts pour développer ses propres principes.
    C'est de la volonté de faire connaître à un large public ce pan de l'histoire des jardins allemands qu'est née l'idée de ce volume intitulé Esthétique du jardin paysager allemand -XVIIIe- XIXe siècle, qui se présente sous la forme d'une anthologie de textes de nature théorique, descriptive et pratique n'ayant pour la plupart jamais été traduits auparavant en français. Tous représentent un aspect du contexte dans lequel cette discipline s'est développée en étant précédés d'un bref préambule biographique de leurs auteurs qu'ils soient philosophes, jardiniers ou amateurs de jardins.
    L'articulation de l'ouvrage en trois sections est établie en posant un cadre d'analyse qui cherche à préciser dans un premier chapitre, Penser le jardin paysager, la conjoncture dans laquelle l'art du jardin paysager est apparu en Allemagne, la spécificité de la réflexion conceptuelle allemande et les enjeux philosophiques et esthétiques qui s'y rattachent, tout au long d'une période qui a vu la création de quantités de parcs dont, ceux fameux, de Wörlitz à Dessau et de Wilhelmshöhe à Cassel, classés au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.
    D'où le parti qui a consisté dans un deuxième chapitre intitulé Arpenter, voir et décrire le jardin paysager à se concentrer sur un certain nombre d'entre eux, les plus renommés, et cela en prenant appui sur un corpus documentaire les concernant dans le dessein de fournir au lecteur le maximum d'informations historiques s'y rapportant.
    Un troisième chapitre Concevoir et créer le jardin paysager, cherche à montrer comment sont affrontées toutes les questions pratiques relatives à la réalité de l'aménagement d'un jardin paysager, allant des choix techniques aux considérations sur la couleur et la provenance des végétaux, preuve d'un savoir-faire jardinier toujours renouvelé.
    Ainsi cet ouvrage est-il une synthèse cohérente établie sur une démarcation entre les questions posées par la théorie et les problèmes soulevés par la pratique qui ne pouvaient s'envisager sans prendre en compte un ensemble documentaire de descriptions de divers parcs paysagers : le lecteur devant toujours avoir présent à l'esprit ces parcs eux-mêmes. À cet égard, les photographies de chacun d'eux dans lesquels Ferdinand von Luckner, bien connu pour ses ouvrages photographiques de jardins, a été amené à poursuivre librement une exploration visuelle, servent d'aide-mémoire. Elles en favorisent l'approche dans leur état actuel en offrant implicitement la possibilité d'une réflexion sur le subtil rapport dialectique entre le passé et le présent, et sur les transformations qu'au fil des ans ils ont inévitablement subis.
    Pour autant le choix de ceux-ci ne relève pas de quelque arbitraire : leur dispersion à l'échelle du pays, la persistance de leur caractère original, la connaissance personnelle que les auteurs en avaient, précisant le contenu de ce qu'ils donnent à lire non moins que suivis d'une notice résumant la carrière sont quelques-unes des considérations ayant présidé à leur présence dans cet ouvrage totalement novateur non seulement en France, mais aussi en Allemagne où une telle anthologie n'existe pas bien que la littérature scientifique relative à l'art paysager y soit un champ de recherche aujourd'hui largement développé.

  • Sans doute, tout fait de la philosophie de Gilles Deleuze une pensée indisciplinée. Or, s'il est bien difficile de lui assigner aujourd'hui un lieu dans l'histoire récente de la pensée, quelle n'est pas pourtant la surprise de la voir irriguer, tantôt explicitement, parfois tacitement, une multiplicité déroutante de terrains et de disciplines ? Que nous a légué Gilles Deleuze, en effet ? Est-ce une philosophie nomade, où viennent prendre place les excursions les plus folles dans les champs de la non-philosophie, mais dont l'unité ne serait qu'apparente et reposerait moins sur un contenu intrinsèque que sur l'autorité maintenue de son style indirect libre ? Ou bien une doctrine métaphysique unifiée, dont les principes se seraient non seulement explicités, mais consolidés au contact d'autres systèmes philosophiques classiques ? Ou encore une pédagogie renouvelée du concept, ouverte et patiemment travaillée par un constructivisme radical dont les réorientations successives n'en accusent pas moins quelques abandons majeurs ?
    C'est autour de ces questions que s'organisent les études réunies dans ce livre qui réunit deux générations de chercheurs, parmi les meilleurs connaisseurs de l'oeuvre deleuzienne en France et à l'étranger. Il s'agit non seulement d'éclairer une dimension politique de la pensée de Gilles Deleuze, au croisement de l'histoire de la philosophie, des sciences et des arts, mais aussi de vérifier ce qui se présente comme politique dans sa propre pratique philosophique, qualifiant à chaque fois un type bien spécifique d'intervention pratique du concept.

  • Le couple réalisateur-producteur est à la base du cinéma.
    Mais, comme tous les couples, il n'a pas forcément vocation à durer. Divorce, rupture, tensions, les métaphores sont nombreuses pour définir son fonctionnement. Nombreuses sont aussi les " belles histoires ", qui ont aidé la carrière de certains cinéastes à s'épanouir. Si ce duo peut être qualifié d'infernal, c'est qu'entrent dans sa composition tous les éléments pouvant amener au conflit sommes considérables d'argent en jeu, ego surdimensionnés, cohabitation entre ambitions artistiques et lois du marché.
    Jean Jacques Beineix, Lucas Belvaux, Robert Guédiguian, Benoit Jacquot, Patrice Leconte, Patrick Sobelman et Bertrand Tavernier apportent leurs témoignages et mettent en perspective leurs expériences de la réalisation et de la production face aux enjeux actuels du cinéma français.

  • " S'il est un terme qu'on aurait pu s'attendre - au cours du XXe siècle - à voir disparaître définitivement du vocabulaire esthétique, c'est bien celui d'oeuvre d'art.
    Naguère proclamée ouverte, fragmentée ou inachevée, puis déclarée déconstruite, éclatée, exterminée, cette oeuvre d'art, décidément mal en point, apparaît tantôt éclipsée - souffrant, étymologiquement, de sa défection - tantôt désoeuvrée, dématérialisée, pour ne pas dire virtualisée, si l'on concède au jargon actuel. [...] A un moment où l'art occidental semble ne plus exister que pour assurer le sauvetage ou le bénéfice d'institutions culturelles transformées parfois en simples machines à sous, l'exigence de Walter Benjamin : considérer l'oeuvre d'art comme hiéroglyphique et politique, se rappelle à nous.
    Elle souligne le caractère essentiel de la mise en forme qui concerne aussi bien l'oeuvre, dans son élaboration interne, que sa présentation ou, plus justement, son exposition ". Marc Jimenez.

  • Les attentes, infiltre la vie quotidienne, et, comme l'exprime Claude Amey, ce qui est extrême, ce n'est pas la ligne droite mais le nombre des agencements qui entendent partager "le sensible". Tous les prophètes du déclin de l'art, les Cassandre prédisant sa mort programmée, de G.
    W. F. Hegel, qui ne parlait en fait que de "dissolution", à Arthur Danto, se sont donc fourvoyés. Le capitalisme libéral a réussi à inventer la "fin de la fin de l'art".
    Il est parvenu à créer un art à son image, un art affranchi des injonctions et des illusions modernistes, un art sans modèles, sans valeurs, sans idéaux, sans perspective humaniste, bref, un art "conforme", témoin désabusé, voire cynique, véritable sismographe d'un monde agité et déboussolé, lui aussi soumis à des reconfigurations permanentes.
    Pas de confusion toutefois : l'art de la non-finitude ne renonce pas au beau, ni au sublime, ni au laid. Bien au contraire, il absorbe le tout, libéré de tout idéalisme, et notamment de l'illusion selon laquelle il pourrait réenchanter le monde. C'est peut-être ce qu'exprime la 11e biennale de Lyon intitulée "Une terrible beauté est née" d'après un vers d'un poème de Yeats. Une beauté terrible, que l'on pourrait dire aussi effrayante, abominable, affreuse, apocalyptique, atroce, catastrophique, dantesque, dramatique, effroyable, épouvantable, extraordinaire, fantastique, farouche, féroce, formidable, foudroyante, horrible, insoutenable, intenable, intense, monstrueuse, prodigieuse, puissante, redoutable, sombre, terrorisante, tragique, violente, etc.
    Sans qualité, l'art actuel supporte tous les qualificatifs.

  • Grâce aux témoignages de femmes et d'hommes de cinéma français qui ont vécu une expérience américaine, se forgent des regards croisés sur la façon dont s'imaginent, se fabriquent et se vivent les films aux Etats-Unis et en France. Quel est le rôle du réalisateur à Hollywood ? Comment travaille-t-il avec l'équipe technique, avec les acteurs ? Quel droit de regard a-t-il sur le montage final ? Quelle est l'importance du star system ? Quelles sont les méthodes de travail en vigueur ? Quelles autres voies le cinéma indépendant propose-t-il ? La confrontation des deux modèles cinématographiques, français et américain, est une passionnante "leçon de cinéma".

  • Les hiérarchies sociales, d'une part, les assemblées représentatives, d'autre part, ou encore le genre littéraire des « états du monde » ont été étudiés, pour eux-mêmes. Mais, peu de travaux considèrent la profonde unité qui existe entre ces structures sociales, ces institutions politiques et ces formes esthétiques. Cet ouvrage collectif fait dialoguer les différentes disciplines (histoire sociale et politique, droit, littérature) autour de la notion d'état, dans sa cohérence et sa polysémie : à la fois situation sociale (condition, rang sans se restreindre aux trois ordres, voire office ou charge), assemblée des états (au sens large, englobant les états généraux, les assemblées provinciales ou encore les assemblées de notables) et inventaire (« états du monde », farces et soties, dialogues ou traités politiques, satyres ménippées.). Il s'agit, en outre, sans occulter les transformations politiques, sociales et esthétiques, de souligner la cohérence de la période pour ce qui concerne cet objet d'étude.

    L'assemblée des états correspond-elle à un temps spécifique de la publicisation ? Comment rend-on compte, dans la littérature au sens large, des états comme événement politique ou comme hiérarchie sociale ? En quoi la littérature se nourrit-elle des représentations sociales en ordres ? Les renforce-t-elle en retour ? Les fait-elle évoluer ? Peut-on voir se mettre en place de grands genres autour des pratiques de communication dans et autour des états (cahiers de doléances, remontrances, théâtre ou disposition de l'assemblée) ? Quels sont les débats autour des états, de leur nombre, de leurs pouvoirs, de leurs relations au roi, au Parlement, aux sujets représentés ? Ce sont autant de questions abordées dans cet ouvrage qui propose à la fois des analyses transversales ou pluriséculaires (Gisela Naegle, Jonathan Dumont, Estelle Doudet et Charlotte Bouteille Meister, Pascal Debailly) et des études monographiques courtes (Myriam Yardeni, Hélène Duccini).

    Martial Martin est maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication à l'IUT de Troyes (Université de Reims).

  • Prises dans un flux incessant, les images pléthoriques d'un art devenu excessif sollicitent nos sens et modèlent notre imaginaire.
    Ira-t-on jusqu'à parler de " dictature des images " ? certes non. la civilisation de l'image n'a pas tué la civilisation du texte. les images, y compris celles de l'art contemporain, aussi fascinantes, séduisantes ou atroces soient-elles, laissent des traces et ces traces continuent d'en appeler au renfort de l'écrit pour que s'établisse la relation entre l'original et sa copie, la réalité et la fiction, la vérité et son illusion.
    Afin aussi que nous cessions d'être dupes de leur pouvoir et surtout du pouvoir de ceux qui les créent et nous les imposent.

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