Deuxieme Epoque

  • Dans divers champs artistiques, en danse en particulier, la référence à la « contemporanéité » est fréquemment utilisée et se retrouve sur nombre de continents. En même temps, elle fait l'objet de différentes interprétations selon les espaces géographiques, leur histoire, le contexte social, économique, politique, mais aussi selon les chorégraphes et les danseurs, ce qui rend impossible une définition générale. De plus, une pluralité de termes et de notions entre en jeu pour nommer ce phénomène qui n'a pour l'instant pas trouvé de consensus : fusion, hybridation, métissage, modernité, branchement... Ce volume se propose ainsi de traiter de la notion de « contemporanéité » dans les pratiques chorégraphiques scéniques, de considérer ses définitions, ses utilisations, ses enjeux. Il s'agit plus précisément de saisir la manière dont les acteurs l'interprètent et l'utilisent en mettant en regard l'Afrique et l'Asie du Sud. Comment les praticiens se positionnent-ils ? Quelles transformations, quelles dynamiques, quels paradoxes entraînent, ou non, le passage à la « scène contemporaine » ? Y a-t-il des logiques communes et des relations entre Afrique et Asie du Sud sur ce point et/ou des spécificités propres à chaque continent et même à chaque pays ?

  • Kossyam

    Collectif

    Kossyam est une fable contemporaine inspirée par le soulèvement populaire burkinabè d'octobre 2014 qui a conduit au départ de Blaise Compaoré, président depuis 27 ans.
    Grâce à la connaissance profonde qu'il a de son pays, et en transformant le récit des faits à l'aide des outils du forgeron et du raconteur accompli, KPG a su aborder les liens subtils et compliqués entre les différentes sources de pouvoir. Mariant les codes des contes les plus anciens, les observations finement acérées du citoyen engagé et les intuitions de l'artiste de la parole, KPG propose un texte aiguisé et tranchant.
    Le spectacle a été créé en 2017 dans deux versions, l'une contée et l'autre dansée. Kossyam voyage et se joue dans tous les espaces publics et tous les théâtres possibles. L'universalité de son propos fait qu'il s'adresse, bien au-delà du Burkina Faso, au monde entier.

  • Les acteurs, les oeuvres et les pratiques en danse n'ont pas été étrangers aux « années 68 ». Aucun ouvrage, dans la large bibliographie consacrée à ce moment politique et culturel intense à l'échelle internationale ne s'est intéressé aux champs chorégraphiques. Ils s'y révèlent pourtant complexes, audacieux, inventifs, militants, parfois radicaux, explosifs, mais aussi contradictoires et souterrains.
    À travers une série d'études menées par des chercheurs de nombreux pays, cet ouvrage développe une perspective internationale.
    En faisant varier les échelles, il rend compte des spécificités locales, nationales autant que des circulations des références, des répertoires dansés mais aussi des répertoires d'actions, des représentations, des préoccupations et des contestations.
    En mettant en regard différents contextes nationaux (Japon, États-Unis, Allemagne, Brésil, Argentine, Algérie, France, Italie, Cuba, U.R.S.S.), apparaissent des niveaux d'adhérence plus ou moins forte au moment 68 révélant la concordance, la disjonction ou la persistance des temps politiques, sociaux, culturels et esthétiques. L'ouvrage interroge quatre dimensions dans ces années 68 : les mémoires des guerres et la (dé)construction des corps ; les stratégies de résistance chorégraphiques et les modes d'émancipation des danseurs ; les contre-cultures gestuelles et les militances diffuses ; les pouvoirs institutionnels des compagnies nationales et les contre-pouvoirs des collectifs comme des sujets. Cet ouvrage croise esthétique, histoire culturelle, histoire sociale, anthropologie, et diverses pratiques en danse (« classique », « moderne », « jazz », « butô », « contemporain », « traditionnelles »). Autant de modes d'entrée qui traitent des contextes différents : danser après-guerre, danser sous les dictatures, danser pendant la Guerre froide, danser en mai-juin 68, danser pour les Indépendances, danser en écho des luttes (pacifiste, anti-impérialiste, anti-colonialiste, anti-raciste, féministe, homosexuelle, écologiste).

  • Depuis la fin du XX e siècle, les arts de la scène ont multiplié les expériences de partage que ce soit par la participation, l'immersion, l'interaction, ou des spectacles aux messages troubles qui se dérobent à une narration linéaire et close, à la figuration et à l'identité. Induisant des mouvements de sens en commun, quoique non communs, ces spectacles contemporains rejoignent à maints égards l'aspiration du philosophe Jean-Luc Nancy à promouvoir « l'être-ensemble ». Ce concept-clé de Nancy renvoie à la nécessité de repenser le commun. Cherchant à éviter des pensées déterminatrices de la communauté, il conçoit l'être-ensemble comme une dynamique sans achèvement, un mouvement de sens qui se nourrit de tous les échanges. Ce mouvement est d'abord partage, et lieu de la question.
    Quand les scènes présentent des dispositifs ouverts, elles ne cherchent pas à transmettre un sens de façon autoritaire ni même simplement à « activer » le public. Elles deviennent ainsi le lieu d'une mise en jeu de soi, de questions, de gestes. Elles performent un être-ensemble. La nature de ces échanges varie néanmoins d'un spectacle à l'autre : elle n'est plus simplement sémiologique, performative ou participative, mais complexe. Les études rassemblées dans cet ouvrage tentent de sonder les vecteurs de sens, les terrains du partage sensible, les rapports intersubjectifs. Elles analysent la dimension réflexive et autoréflexive de ces relations qui stimule le partage... autant qu'elle l'empêche d'aboutir.

  • Écosomatiques se penche sur l'interpénétration et la circulation de savoirs longtemps indifférents les uns aux autres : ceux issus des pratiques somatiques et d'une pensée des savoirs du corps expérientiels, et ceux issus d'une pensée écologique et politique qui se soucie du devenir de nos sociétés et de la planète, et cherche des ressources à la fois scientifiques, économiques, politiques. Les artistes, et en particulier les danseurs contemporains, ainsi que les praticiens des somatiques sont les acteurs de cette circulation.
    Ainsi se développent, depuis plus d'une vingtaine d'années, des projets artistiques mobilisant conjointement les éléments d'une « esthétique verte », des pratiques somatiques qui pensent le corps à partir de son expérience - c'est à dire comme immergée dans un milieu. Dans la diversité de ces pratiques, se distinguent des pratiques corporelles qui remettent en cause les normes techniques et esthétiques ; des performances tournées vers une lecture des espaces (urbains, naturels, privés, publics) rendant visibles la multitude des éprouvés et des savoirs du corps en jeu ; des formes d'activismes socio-écologistes empruntant des méthodologies de l'artiste ou des somatiques ; des pratiques somatiques tournées vers le prendre soin des plus vulnérables (de la petite enfance à la pauvreté), des scientifiques qui cherchent de nouvelles ressources dans les pratiques des danseurs... il s'agit là d'un mouvement diffus, très contemporain, mais de plus en plus visible, qui porte des questions aussi bien d'esthétique que de sciences du vivant ou de lecture politique.

  • Il y a un avant et un après Welles, tant l'auteur de Citizen Kane, prolifique inventeur de formes et incarnation de l'artiste cinéaste, a laissé sa marque dans l'histoire du cinéma et inspiré des vocations. Ce livre questionne son héritage : comment son cinéma se prolonge dans d'autres oeuvres ? Qu'est-ce qui de Welles passe chez d'autres cinéastes ?
    Les auteurs montrent d'abord comment des techniques ou même des séquences de ses films ont été imitées, dans les productions B hollywoodiennes des années cinquante jusqu'à des oeuvres contemporaines qui en font ressurgir les formes narratives (La Môme, Klimt) ou renouent avec leur puissance critique (S.O.B., The Player).
    L'influence du projet artistique de Welles est ensuite mise en évidence sur plusieurs générations de cinéastes : Peter Bogdanovich, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese en héritent manifestement, mais Gus Van Sant se l'approprie aussi de manière plus secrète, et les textes ou les films d'un F.J. Ossang disent encore l'ébranlement produit par son cinéma. L'ombre portée de Welles apparaît également dans les oeuvres qui ont marché sur les traces de Don Quichotte (de Jess Franco, Terry Gilliam ou Albert Serra), dans les films-essais contemporains qui, suivant le geste fondateur de Vérités et Mensonges, font exploser les cadres du documentaire et de la fiction, et surtout dans le pastiche malicieux qu'André S. Labarthe consacre à la légende du cinéaste juste après sa mort, L'Homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours.
    La conclusion de l'ouvrage revient à Labarthe, dans un entretien sur la réalisation de ce film, ainsi qu'au spécialiste de la fabrique wellesienne, François Thomas, qui analyse comment l'apparition d'un Orson Welles de fiction dans Ed Wood de Tim Burton constitue le plus bel hommage qu'on puisse lui faire.

  • Les tondues

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    Les Tondues raconte cette part d'histoire méconnue qui a vu tondre publiquement pas moins de 20 000 femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il évoque de quelle(s) manière(s) et pour quelles raisons, le souvenir de cet acte expiatoire a été étouffé au sein des familles et occulté dans la société française.
    Le récit, alerte et sensible, est porté par cinq personnages. Il révèle peu à peu les secrets enfouis et questionne une pratique punitive d'humiliation révélatrice des droits que s'octroie le politique sur le corps des femmes. Le texte de la pièce, plein de gravité et de fantaisie, de sororité et d'émotion, est porteur tout à la fois d'une certaine rage et d'une grande résilience. Il fait écho à notre mémoire collective.
    La forme de théâtre déambulatoire, choisie par Périne Faivre et sa compagnie pour mettre en scène Les Tondues, raconte cette histoire là où elle s'est déroulée, dans l'espace public. La scénographie et la dramaturgie d'un genre propre au théâtre de rue sont décryptées en fin d'ouvrage par Stéphanie Ruffier, critique de théâtre. L'historien Fabrice Virgili signe la préface et complète la publication par un éclairage qui donnera au lecteur les clefs d'un fait longtemps refoulé dans l'histoire de France.

  • En reproduisant près de 300 dessins, croquis et montages, ce livre donne accès à l'oeuvre du grand metteur en scène polonais selon un angle nouveau, absolument essentiel. Il révèle à quel point il est un artiste complet en mettant au jour la part graphique de son travail, autre versant de sa production artistique. Il manifeste la part de l'image dans ses productions scéniques à travers de nombreux dessins de scénographie et de costumes ; il ouvre sur l'imaginaire et les visions qui fondent son univers artistique ; il donne à voir, sensiblement, son processus de création, tant le dessin est pour lui comme une forme d'expression première, un acte indispensable dans le cheminement créateur de ses spectacles.
    Accompagné de textes retraçant son parcours et éclairant son oeuvre plastique, sa création théâtrale, et le dialogue permanent entre les deux, cet ouvrage permet de mieux connaître l'artiste exceptionnel qu'est Krystian Lupa.

  • Dans les discours, les représentations et les imaginaires collectifs, la marionnette peut tour à tour être une image emblématique des rapports de domination et de manipulation ; être considérée comme une créature essentiellement frondeuse et irrévérencieuse ; ou encore, être ravalée au rang de divertissement parfaitement innoff ensif et tout juste bon pour les enfants. Avec pour objectif de mettre ces diff érents clichés à l'épreuve des faits, de démêler la part des mythes et des réalités, et surtout, de mettre au jour les raisons historiques, sociales et politiques qui les sous-tendent et leur donnent corps, le volume Marionnettes et pouvoir. Censures, propagandes, résistances, s'attache, de la fi n du XIX e siècle à aujourd'hui, à la diversité des rapports de pouvoir dans lesquels marionnettes et marionnettistes se trouvent pris, auxquels ils prennent part, qu'ils infl uencent ou qu'ils génèrent.
    Rassemblant une quinzaine d'études tour à tour conduites par des chercheurs académiques, des historiens de la marionnette et des artistes-chercheurs qui interrogent les arts de la marionnette en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et aux Etats-Unis, cet ouvrage s'organise en quatre sections : « Appareils d'État » ;
    « Profession » ; « Dramaturgies » ; « Espaces alternatifs ».
    D'une étude à l'autre, le lecteur sera amené à traverser des contextes et des espaces très divers (marionnettes en temps de guerre, marionnette dans les usines ou dans la rue, marionnette sur Internet), et il retrouvera des repères de la grande Histoire qui lui sont familiers (de Franco à Suharto en passant par la révolution culturelle chinoise, de la marche pour le climat à la Syrie de Bachar el-Assad), mais dont le prisme de la marionnette lui fera découvrir un envers tantôt glaçant, tantôt dynamisant par sa créativité.
    Au fi l de l'ouvrage et des diff érents focus qui l'architecturent, c'est in fi ne une histoire culturelle des arts de la marionnette qui se dessine (le statut de cet art et de ses praticiens, les représentations qu'on leur attache et les diverses fonctions qu'ils peuvent endosser, les multiples lieux dans lesquels ils se donnent à voir et à entendre, les réseaux professionnels et sociaux dans lesquels ils s'inscrivent, les juridictions dont ils relèvent), à la faveur d'un travail approfondi et historicisé sur les répertoires, les techniques, les esthétiques et les pratiques.

  • La modernité a inventé de nouvelles subjectivités grâce notamment à un changement profond de sa conception de la corporéité. Le corps, lieu de projection de l'identité personnelle, a été la fabrique de l'identité moderne. Entre l'écriture dramatique et l'écriture scénique, la force d'apparition prise par le corps de l'acteur au début du XXe siècle a été un événement essentiel. Aujourd'hui, les enjeux liés à cette prédominance de la pensée du corps en scène et de son émancipation dans la représentation sont vastes et complexes.
    Le corps, tel qu'il est questionné dans cet ouvrage, tient à la fois du corps visible et de l'invisible qui, comme son ombre, l'accompagne. Dans une perspective pluridisciplinaire, à la croisée des arts du théâtre, de la danse, du mime, du cirque, de la marionnette, nous souhaitons interroger dans cet ouvrage le corps prismatique de l'acteur-performeur, entre organicité et artifice, plasticité et insoumission, fêlure et énigme.
    Un corps qui ouvre un au-delà du sens et du sensible, et rayonne à partir du mystère de l'en-dedans.

  • Les études sur le théâtre antique examinent essentiellement les pièces d'Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Sénèque ou Plaute. Ces écrits nous cachent cependant l'appareillage scénique, pourtant capital à cette théâtralité où la parole ne faisait qu'un avec la musique et la danse. Et parmi ces éléments du langage scénique, bien plus que le costume, les accessoires ou le décor, le masque occupe la première place. L'acteur, durant des siècles, des premières Dionysies sous l'acropole d'Athènes aux représentations du fin fond oriental de l'empire gréco-romain, n'a joué que masqué. Or, le masque, fondamental pour comprendre cette dramaturgie, a été ignoré dans sa réalité d'objet scénique.
    Il est grand temps de réévaluer cette période de notre histoire des arts du spectacle et de le faire à partir de cet outil essentiel du jeu de l'acteur qui modifie la perception et induit un type de représentation ainsi qu'un rapport particulier du spectateur à la scène.
    Ainsi, pour la première fois, les grands genres du théâtre gréco-romain (tragédie, comédie, drame satyrique, pantomime, atellane, comédie palliata) seront abordés à partir du masque lui-même, tel qu'il était utilisé dans ces formes de jeu. Comprendre le masque antique, ses fonctions et usages, ses évolutions, sa typologie, voilà l'ambition de cet ouvrage qui croise les études de chercheurs reconnus et les expérimentations de plateau.

  • Ouvrir la scène ; non-professionnels et figures singulières au théâtre Nouv.

    Plusieurs propositions scéniques contemporaines mettent en scène des comédiennes et comédiens non-professionnels et des figures singulières. Ils appartiennent pour la plupart à des « publics empêchés » : réfugiés (les Cantieri Meticci), ex-détenus (L'Iliade en prison), issus de quartiers populaires (F(l)ammes), porteurs de handicaps (les ateliers de Madeleine Louarn). Ces créations hors normes, parfois militantes, déploient des écarts entre nos catégories « claniques » et les réalités irréductibles de chaque vie ou fiction.
    Dans cet ouvrage collectif, metteurs en scène, comédiens et théoriciens reviennent sur les processus, les enjeux et les réceptions de ces propositions qui exposent le dispositif théâtral ou le fragilisent. Quels sujets sensibles apparaissent sur scène ? Que suscitent ces espaces d'accès à l'attention et aux métamorphoses, quand c'est de fiction qu'il s'agit ? De quelle façon ces créations interrogent-elles nos taxonomies sociales ou esthétiques, et en définitive, nos regards de spectateurs et spectatrices ?
    Gageons que ces manières de faire et d'être sur les plateaux viennent ouvrir nos scènes, instaurer de possibles liens et enrichir nos perceptions des autres dans l'ordinaire de nos vies.

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