Catherine Malabou

  • L'une des tâches de la philosophie a toujours été de faire apparaître des pans du réel restés cachés. Le corps a été un l'un d'eux. La sexualité a été l'un d'eux. Mais cela n'était jamais encore arrivé à une partie du corps. Cette partie, qui n'en est pas vraiment une, parce qu'elle est une tout à elle seule, c'est le clitoris. Organe dit du plaisir de la femme. Organe longtemps ignoré, souvent mutilé. L'organe du plaisir effacé. Inédit.

  • A défaut de définir l'intelligence, les psychologues ont entrepris de la mesurer. Après l'échec des tests de mesure, les biologistes l'ont cherchée dans les gènes. La génétique demeurant silencieuse, c'est le cerveau et son développement épigénétique qui ont construit le nouveau laboratoire de l'esprit. Aujourd'hui, l'intelligence autorise sa propre simulation par les puces synaptiques. Les programmes Human Brain et Blue Brain entendent cartographier le cerveau humain dans son intégralité jusqu'à produire un jour une conscience artificielle capable de s'auto-transformer en accédant à son code source.
    Laissant de côté toute déploration technophobe, Métamorphoses de l'intelligence engage le dialogue entre autonomie et automatisme, ouvrant ainsi à l'intelligence la voie prometteuse de la démocratie expérimentale.

  • L'ouvrage développe une confrontation serrée entre psychanalyse et neurologie sur la question des blessures psychiques. Freud n'a jamais considéré les malades cérébraux comme relevant de la thérapie psychanalytique.
    La raison en est que, selon lui, les traumatismes (accidents, catastrophes, maladies, viols, névroses de guerre) ont toujours un sens et leurs effets peuvent être expliqués à partir du passé psychique des individus. Qu'en est-il des nouveaux blessés ? Des individus frappés tout d'un coup par le trauma et qui souffrent de dommages ne pouvant être interprétés à partir d'une histoire préexistante ? La notion d'événement psychique est au centre de l'ouvrage : l'explique-t-on à partir de la sexualité ou de la cérébralité ? Loin de mener une guerre fratricide, psychanalyse et neurologie devraient entamer un dialogue fructueux pour réinventer la clinique du trauma. C'est dans cette direction que s'engage la « neuro-psychanalyse » aujourd'hui (Sacks, Damasio, Solms). Tiendra-t-elle ses promesses ? La réponse est tout autant philosophique que scientifique.

  • L'ouvrage présente une histoire critique de la notion d'intelligence telle qu'elle émerge du champ de la psychologie expérimentale au tournant du XIXe siècle. Le premier moment est consacré aux tests d'intelligence jusqu'à la recherche plus contemporaine d'un « gène de l'intelligence ». Le deuxième moment étudie la révolution biologique « épigénétique » entamée au début du XXIe siècle.
    Les scientifiques analysent le développement de l'individu à partir de la plasticité du cerveau, qui dépend en grande partie des influences du milieu.
    L'intelligence apparaît alors comme une construction, sociale autant que biologique, et non comme une donnée génétique quantifiable. Le dernier moment s'attache à dégager le futur de l'intelligence entre Intelligence artificielle, enseignement à distance et concept d'intelligence collective. La question centrale est de savoir si, libérée de la gangue eugéniste, l'intelligence n'est pas immédiatement confisquée par les machines capables de simuler sa plasticité.
    En réponse au précédent ouvrage de Catherine Malabou Que faire de notre cerveau ? (2004) et en référence au projet Blue Brain de simulation intégrale d'un cerveau humain par l'ordinateur, la question alors posée est : Que faire de leur cerveau bleu ?

  • Une chambre est un espace d´intimité et de tranquillité, accommodé pour le confort et l´agrément, le sommeil, la détente, le désir. Elle est le cadre habituel de la rêverie, de la prière, de la sexualité, de la récupération de la santé. Mais la chambre est aussi un lieu public, une assemblée, l´endroit où l´on débat, le coeur de la politique. Les textes qui dessinent ici l´architecture de cette chambre rassemblent les grandes étapes d´une aventure de pensée qui commence avec la dialectique, se poursuit avec la déconstruction, se prolonge avec les recherches actuelles sur le cerveau et la plasticité neuronale. À la fin du XXe siècle, le cerveau n´apparaît plus comme un organe dénué de fonction symbolique. Il devient le lieu même de la subjectivité. Quelles conséquences cette prise en compte d´un nouvel objet a-t-elle rétrospectivement sur les discours qui l´ignoraient ? En quoi la conscience de notre cerveau change-t-elle nos façons de lire et de comprendre une réalité qui prend de ce fait une nouvelle ampleur ?

  • Que faire de notre cerveau ? n'est pas une question réservée aux philosophes, aux scientifiques ou aux politiques, c'est une question pour tout le monde. Elle doit nous permettre de comprendre pourquoi, alors que le cerveau est plastique, libre, nous sommes encore et partout « dans les fers ». Pourquoi, alors que l'activité du système nerveux central telle qu'elle apparaît aujourd'hui à la lumière des découvertes scientifiques propose sans conteste à la réflexion unetoute nouvelle idée de la transformation, nous avons malgré tout le sentiment que rien ne se transforme.
    Pour cette nouvelle édition, l'auteur a écrit une préface qui tient compte notamment des discussions que le texte a provoqué avec les scientifiques et a actualisé son propos en tenant compte des dernières avancées techniques.

  • La plasticité au soir de l'écriture est un manifeste particulièrement éclairant pour qui tente de comprendre l'un des mouvements directeurs de la philosophie française de ces cinquante dernières années.
    Dans cette autobiographie intellectuelle, Catherine Malabou revient sur l'héritage de la déconstruction en partant du motif fondamental de la pensée de Jacques Derrida, l'écriture. À travers une confrontation de cette pensée avec celles de Hegel et de Heidegger, elle montre comment le concept de plasticité tend aujourd'hui à se substituer aux schèmes du graphe et de la trace. Le dialogue entre " graphique " et " plastique " qui se noue alors s'étend à différentes disciplines et met au jour, de l'anthropologie à la neurobiologie, des enjeux théoriques décisifs.

  • En conséquence de graves traumatismes, parfois pour un rien, l'histoire du sujet bifurque et un personnage nouveau, sans précédent, cohabite avec l'ancien. Un personnage méconnaissable, dont le présent ne provient d'aucun passé, dont le futur n'a pas d'avenir. Un monstre dont aucune anomalie génétique ne permet d'expliquer l'apparition. Une improvisation existentielle. De cette impossibilité du retour de l'identité blessée sur elle-même, une forme surgit, née de l'accident, née par accident. Quelle est cette forme ? Un visage ? Une allure ? Un profil psychologique ? Et quelle ontologie peut-elle en rendre compte, si l'ontologie est depuis toujours attachée à l'essentiel et reste aveugle à l'aléa des transformations ? Quelle histoire de l'être peut-elle expliquer le pouvoir plastique de la destruction, de la tendance explosive de l'existence qui menace secrètement chacun de nous ? Poursuivant sa réflexion sur les chocs psychiques et cérébraux, Catherine Malabou nous invite ici à une aventure philosophique et littéraire, où Spinoza, Deleuze, Freud croisent Proust et Duras.

  • Le Change Heidegger

    Catherine Malabou

    Il est temps de proposer une autre lecture de Heidegger.
    Il est temps de situer enfin le vif de sa pensée : la transformation originaire. La question de l'être abrite en effet celle du change : changement, échange, convertibilité, substitution. De la métaphysique à l'autre pensée, l'être n'est rien que sa mutabilité. Qu'est-ce qui vient avec le change et comment allons-nous trous transformer maintenant que l'histoire est terminée ? Dans quelles métamorphoses, quelles migrations, quelles révolutions sommes-nous engagé ? A l'heure des façonnements de soi dans l'ordre sexuel, biologique, politique, à l'heure de la plasticité identitaire, ces questions trouvent toute leur actualité fantastique.
    Une vision entièrement neuve de la différence petit alors prendre forme.

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